dimanche 23 avril 2017
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Caf : Les leçons de la chute d’un Lion jadis indomptable* Spécial

Analyse de la sortie «prématurée» de l’ancien empereur du football africain.


«Si jamais je ne suis pas élu président de la Caf, je vais rentrer à la maison. Je ne serais pas au chômage au Cameroun ; je vais avoir quelque chose, à faire. Les gens ne devraient pas s’imaginer que c’est une question de vie ou de mort». Issa Hayatou n’avait pas envisagé cette hypothèse il y a peu. En faisant cette déclaration peu avant le vote ayant conduit ce 16 mars 2017 à l’élection à la tête de la Confédération africaine de football (Caf) du Malgache Ahmad Ahmad, le président sortant avait alors compris que les choses étaient peut-être pliées contre lui. Et au moment où le fils de Garoua retrouve le bercail, il peut enfin comprendre comment et pourquoi le ciel lui est tombé sur la tête.


Myopie stratégique


Issa Hayatou n’a pas vu son déclin venir, pourtant tout était programmé pour qu’il ne soit pas réélu. «Directeur de campagne» de Sepp Blatter en Afrique en 2015, le senior vice-président de la Fifa avait appelé les électeurs africains à voter pour le Cheikh Salman, et donc contre Giani Infantino en février 2016. Dans un contexte marqué par le Fifagate, cette campagne d’assainissement des mœurs au sein du gouvernement du football mondial. Et l’appel du super puissant patron du football africain n’a pas été largement suivi. D’ailleurs des fédérations telles que Djibouti et le Soudan avaient officiellement rejeté le mot d’ordre de leur leader. Ainsi l’élection de l’Italo-Suisse sonnait comme un désaveu de l’autorité d’Hayatou. Alors que l’homme échappe au Fifgate, pourtant ayant été longtemps soupçonné par la presse britannique, à l’origine de ce mauvais vent, Hayatou n’a pas cru devoir laisser le courant de rajeunissement de la direction des confédérations passer par l’Afrique. «La Fifa a dû jouer son rôle», pense Jacques Anouma, ancien président de la fédération ivoirienne de football. Et même si Infantino rejette toute implication de la Fifa, Issa Hayatou croit avoir vu la main cachée de l’instance dans sa déchéance n’y croit pas : «Je sais que vous avez fait campagne contre moi…On voulait que je parte et je suis en train de partir». A l’intention de Fatma Samoura, la secrétaire générale de la Fifa.


Le mandat de trop


L’argument largement avancé pour justifier le départ la défaite d’Issa Hayatou à l’élection à la Caf est sa longévité. Un argument qui peut avoir son pesant d’or, mais avec moins de chance de convaincre. En face du Camerounais, le Malgache Ahmad Ahmad n’a que 57 ans, soit quatorze ans de moins que son concurrents, mais le président de la Fédération malgache de football (Fmf) peut se voir opposer le même motif dans son pays. L’ancien secrétaire d’Etat aux Sports et ex ministre de la Pêche) y trône depuis 2003. Et même Noël Le Graet vient d’être réélu à la Fédération française de football (Fff), à 76 ans. Mais il s’agit du second mandat du Français. Hayatou, lui, en briguait le 8ème. La longévité a dû jouer en défaveur de l’homme qui n’avait jusqu’ici eu d’adversaire. Hayatou ne pensait plus à la retraite. Et pourtant son bilan commençait à s’assombrir.


Des méthodes anti fair-play


Issa Hayatou avait fini par se muer en homme politique à la Caf. Malgré la solidarité de façade, en interne, on ruminait des frustrations. «Il y avait vraiment un ras-le-bol. Pour être sincère, c’était une dictature à la Caf. On devait toujours voter "oui"», s’est lâché Samir Sobha, le président de la Fédération mauricienne après l’élection. Champion de l’ostracisme, Hayatou que Jeune Afrique qualifia d’empereur du football africain, n’hésitait pas à couper toute tête qui s’élevait à sa hauteur. Si la coïncidence entre le retrait de l’organisation de la Can U17 à Madagascar et l’annonce de la candidature d’Ahmad peut être un hasard, il sera difficile de justifier l’avertissement servi à Phillip Chiyangwa, président de la Fédération zimbabwéenne, un des contestataires du système établi au Caire. C’était au lendemain de la réunion des leaders de la Cosafa (fédérations d’Afrique australe) avec Giani Infantino. Avant Phillip Chiyangwa, c’est Jacques Anouma qui avait déjà payé les frais de sa tentative de challenger Hayatou, en 2013. «Il aurait dû accepter le combat», regrette aujourd’hui l’ex patron du football ivoirien. Cela a certainement nourri les rancœurs mais aussi l’inimitié contre l’homme qui suspendit de deux Can le Togo après son retrait de la Can 2010, suite au mitraillage du bus des Eperviers à Cabinda par des rebelles. Il y a aussi, la suspension démesurée du Maroc qui lâcha la Can 2015 à deux mois du coup d’envoi.


Erreurs tactiques


La routine née de sa longévité a alimenté une confiance aveugle d’Issa Hayatou en lui-même. Au point de négliger ses adversaires. Pendant qu’Ahmad Ahmad menait une campagne discrète, voyageant de pays en pays pour draguer les électeurs, Issa Hayatou, habitué à des réélections sans concurrence, a laissé son bilan parler pour lui. Promettant simplement d’améliorer le vécu. En faisant pression sur les électeurs à travers leurs chefs d’Etats. Le cas du Nigeria. Dans l’entourage du président déchu, on sous-estimait l’adversaire. «Face à un Mohamed Raouraoua ou à un Constant Omari, il y aurait eu match», minimisait un des proches du président sortant à Rfi.

 

 

La vie d’Hayatou en bref

- 9 août 1946 : Naissance à Garoua
- 1964-1967 : athlète (400m, 800m)
- Juillet 1965 : participe aux 1ers jeux africains comme basketteur
- 1974-1982 : secrétaire général de la Fécafoot
- 1982-1986 : Directeur des sports au ministère de la jeunesse et des sports
- 1986 : Président de la Fécafoot
- Août 1987 : président de la Caf (suite au décès de 'Éthiopien Ydnekatchew Tessema)
- 1990 : Membre du comité exécutif de la Fifa
- 2001 : Membre du Comité international olympique
- 2002 : Candidat malheureux à la présidence de la Fifa
- 2008 : l’homme devient vice-président de la Fifa
- 2010 : Conspué par le Togo suspendu par la Caf, en raison de son retrait de la Can (suite à l’attaque mortelle de son bus à Cabinda)
- décembre 2011 : Hayatou cité dans le scandale ISL (société de marketing). Hayatou est blâmé pour avoir reçu en 1995, 100 000 FF
- juin 2014 : Le Sunday Times l’accable des virements d’argent suspects (Qatargate), mais sans preuves
- 2 juin 2015 : démission de Sep Blatter
- 8 octobre 2015 : Président intérimaire de la Fifa (suite à la suspension de Sepp Blatter)
- 7 novembre 2015 : Hayatou célébré en héros par le Cameroun, pour son ‘’accession’’ à la présidence de la Fifa
- 26 février 2016 : Président du congrès ayant abouti à l'élection de Gianni Infantino.
- 16 mars 2017 : Fin de règne sur une défaite électorale

*Source: Défis actuels

Dernière modification le lundi, 20 mars 2017 21:18

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