dimanche 22 octobre 2017
Connexion S'inscrire

Connexion

FLASH INFO

Catastrophe d’Eséka : Voici les vrais responsables (?) Spécial

Qui a fait quoi ? Qui devrait faire quoi ? Qui a failli où ? Comment en est-on arrivé là ? En attendant les résultats des trois enquêtes diligentées par la justice (pour sept jours à compter du 22 octobre), le chef de l’Etat (à livrer dans 30 jours à compter du 25 octobre) et le groupe Bolloré, la rédaction revient sur les rôles et missions manqués des divers acteurs en amont en aval du drame.

 

Depuis le 21 octobre 2016, le Cameroun porte le deuil des passagers du train 152 qui a déraillé à Eséka, causant la mort de plusieurs dizaines de personnes, selon des chiffres officiels (un peu plus de 79 pour le moment). Alors que les secours continuent de sortir les corps des quatre wagons qui ont atterri dans le ravin,  la polémique enfle de plus en plus sur les responsabilités. Entre le gouvernement, englué dans une communication aux positions contradictoires et Camrail qui soutient avoir respecté toutes les procédures pour engager la locomotive qui volait au secours des voyageurs en détresse à cause de l’axe lourd coupé en deux à Manyaï, le peuple tient à trouver ses coupables. En attendant l’issue des trois enquêtes en cours : une politico-administrative diligentée par Paul Biya lui-même, placée sous la coordination du Premier ministre, une judiciaire menée par les procureurs de la république près le tribunal d’Eséka et du tribunal de Grande instance du Mfoundi (Yaoundé), et une enquête interne à Camrail menée par le groupe Bolloré, concessionnaire du chemin de fer camerounais. Mais la rédaction essaie à sa manière d’établir les implications des différents acteurs en fonction de leurs territoires de compétence.

 

Paul Biya : Etranger chez lui-même

La constitution du Cameroun fait de Paul Biya le responsable de la marche du pays. L’homme est ainsi responsable devant la nation. En raison de ce qu’il est le choix de la majorité à travers le suffrage universel direct. Mais l’homme de 84 ans qui est au pouvoir depuis 34 ans, est constamment parti du pays. Malgré les tribulations du gouvernement à tenir les promesses que l’Homme du 06 novembre a faites à ses gouvernés pour se faire réélire en 2011, le capitaine n’a pas changé. Et au moment où survenait le double-drame du Nyong-et-Kelle, le président de la république purgeait son 34ème jour à l’étranger. Parti le 18 septembre pour l’Assemblée générale des Nations unies, Paul Biya avait quitté Washington après le sommet, pour une direction officiellement inconnue.

Responsable devant la nation, l’homme assiste passivement aux hécatombes sur le triangle de la mort que constituent les axes Douala-Yaoundé, Yaoundé Bafoussam et Bafoussam-Douala depuis de longues années. Distant de son peuple, le chef de l’Etat n’a que rarement emprunté les routes de son pays, si ce n’est lorsqu’il se rend dans son village Mvomeka, à quelques deux cents kilomètres dans le sud du pays. Pour le reste, l’homme pour qui, «tant que Yaoundé respire, le Cameroun vit», reste coupé de la réalité de son pays, et vit cloitré derrière les murs du Palais de l’Unité à Yaoundé. Se faisant représenter à toutes les cérémonies festives comme funestes touchant à la vie de son pays. Laissant le libertinage à chacun de ses «esclaves», de gérer à sa convenance son secteur.

  

Edgard Alain Mebe Ngo’o : Ponce-Pilate se mue en Narcisse, hélas !

Le ministre des Transports est la cible de la plupart des flèches dirigées contre le gouvernement. Si Edgard Alain Mebe Ngo’o peut à juste titre être le dépositaire d’une parcelle de pouvoir dans le secteur aujourd’hui sinistré, il reste que l’homme, mû par un esprit du «m’as-tu vu», a ravi la vedette à son collègue des Travaux publics, dès la survenue de l’incident de Manyaï. C’est que, Bad Boy a négocié, selon des sources dignes de foi, pour être l’invité du journal parlé de 13h du poste national de la Crtv ce jour-là. Pour parler de la réaction gouvernementale face à l’effondrement de la chaussée sur l’axe lourd Douala-Yaoundé, à Matomb ; mais surtout démentir l’information d’un déraillement du train. Il faut paraitre comme le plus engagé face à la triste situation des populations. Sur un terrain où le collègue est principalement interpellé. Mais Bad boy restera sourd à toute idée contraire. Et pourtant, au moment même où il intervient en direct, le drame vient d’avoir lieu. «Un haut responsable de la Crtv lui a même confirmé à la fin de l’interview, qu’effectivement il y a déraillement ; mais il a toujours nié», soutient une source crédible. Il faudra revenir au journal de 17h pour se rattraper. Entre temps, de l’eau a coulé sous le pont. Et Mebe Ngo’o l’a payé. Le Mintransports a échappé de justesse à un lynchage à Eséka, selon un témoin de la scène. Des mécontents ne supportant pas que l’homme «se moque des Camerounais dans le malheur». Convaincus que le Mintransports connaissait l’information au moment de l’interview.

Pis, au fil de ses sorties, Mebe Ngo’o multipliera ses gaffes. Après avoir déclaré avoir instruit Camrail d’augmenter ses capacités, l’homme fera marche arrière. «Au niveau du transport ferroviaire, la capacité du train a été significativement renforcée. Les trains N°152 de 10h25 en provenance de Yaoundé et à destination de Yaoundé, et N°153 de 14h45 en provenance de Douala et à destination de Yaoundé ont été équipés de huit voitures supplémentaires qui ont donné une capacité additionnelle de 680 par train, soit au total 1336 places. J’ai prescrit à la Camrail, compte tenu de la gravité de la situation, de mettre en œuvre des mesures spéciales additionnelles pour accroitre la capacité de ces trains», annonçait-il à 13h. Et à 17h, ceci : «la décision d'ajouter le nombre de wagons a été prise en interne par la société Camrail». D’ailleurs, «si Camrail a augmenté les capacités des trains, c’est que techniquement, c’était faisable. Je ne suis pas technicien», s’en dédouane-t-il. Lui qui s’est mué en organisateur du travail gouvernemental dans cette crise : rendant publique les actions menées et à mener par les autres acteurs (Mintp, Dgsn, Camair-co, etc.)

 

Emmanuel Nganou Djoumessi : Surpris dans les replâtrages

Le drame du 21 octobre dernier survient au moment où le ministère des Travaux publics est en pleins travaux de confortatifs sur l’axe lourd Douala-Yaoundé. Lancés depuis décembre 2015, ces travaux consistaient en le désherbage ou débroussaillement des abords et nettoyage des équipements, le décapage et nettoyage des accotements, le curage des fossés et exutoires, le curage des ouvrages hydrauliques existants, le dégagement des ouvrages d’art, le dégagement d’emprise, l’élagage des grands arbres et l’abattage d’arbres et arbustes. En fait, il est question de désherber et débroussailler sur une bande de quatre (04) mètres (mesurée à l'horizontale) à partir du bord extérieur des fossés ou de la crête du talus de part et d'autre de la route. Par endroits, Une phase qui a précédé le reprofilage de la chaussée. L’on essaie de refermer les trous les plus béants le long de la route.

Mais le marché de révision des buses métalliques, objet d’une étude faite par les experts du Mintp continue d’attendre d’être engagé. Près d’un an après que l’on a constaté que les buses métalliques avaient vieilli et devaient être remplacés. Et Emmanuel Nganou Djoumessi, le Mintp, l’a reconnu. Interviewé par la Crtv, l’homme que «nous avons affaire à une infrastructure qui a pris de l’âge. Nous sommes dans un processus d’auscultation des buses et ouvrages d’art, et nous avons constaté plus de trois cents trente buses. Le phasage de leur remplacement est en ours. Il va falloir redimensionner les nouveaux ouvrages. Donc c’est une situation bien connue», a-t-il admis. «Les mesures de rectification sont planifiées. Il y a d’abord ces travaux confortatifs, suivra le par phasage de remplacement des buses», indique-t-il. «Il est clair que les buses métalliques ont fait leur temps. Evidemment le niveau de détérioration varie. On commencera par les plus détériorées», continue-t-il de promettre. «Ce qui nous amène à reconsidérer l’approche technologique que nous avons dans la construction de nos ouvrages d’art. Le processus de substitution nous amène désormais à utiliser des buses en béton armé»,  a-t-il déjà envisagé. Entre temps, la route Yaoundé-Ngoumou s’était déjà affaissée, et «les mesures de rectifications sont en cours», peut même se vanter Nganou Djoumessi. Le drame d’Eséka a forcément réveillé le Mintp dans son processus de phasage.

 

Camrail/Bolloré : Politiquement on fait le dos rond

Le concessionnaire du chemin de fer camerounais n’a pas attendu longtemps pour annoncer une enquête interne pour les causes du drame d’Eséka. Ce qui n’a pas empêché le groupe Bolloré de tenter de se dédouaner de toute responsabilité liée à une éventuelle cause directe du drame. Ainsi, «Le conducteur ne s’est opposé à quoi que ce soit au départ de Yaoundé», et que «la modulation des rames se fait régulièrement», réagit Dieudonné Gaibaï, le directeur de Mobirail à Camrail. Mieux, «les essais de freins ont été faits en gare», souligne-t-il. Pour contester les informations faisant état de ce que le conducteur du train 152 avait exigé un ok spécial pour engager le voyage avec des wagons en plus et des passagers en trop. Par ailleurs, la direction du groupe depuis Paris fait observer que «le train circulait à une vitesse anormalement élevée». 

 

Minsanté : Rattrapé par les «mauvaises habitudes»

 

A priori, André Mama Fouda et son département ministériel ne sont pas concernés directement par le drame d’Eséka. Mais il est clair que la responsabilité du Minsanté est engagée dans la prise en charge des victimes. Après une année 2016 particulièrement négative pour le département de la santé publique, André Mama Fouda a dû signer une lettre-circulaire pour sensibiliser les hôpitaux de 1ère, 2ème et 3ème catégorie, sur l’urgence d’appliquer la gratuité des soins aux malades admis en urgence. La réclamation des frais de soins ne devant intervenir qu’après 24h. Mais en dehors du Centre des urgences de Yaoundé (Cury) spécialisé dans les premiers soins, la mesure du Minsanté semble ne pas concerner les dirigeants des hôpitaux du Cameroun. Et des informations font état de ce que certains hôpitaux ne se sont pas exécutés dès l’arrivée des premiers blessés dans ces urgences. Et même, «les malades qui n’ont pas de gardes, se contentent des soins gratuits décidés par le chef de l’Etat, et ne s’alimentent pas», a constaté un journaliste à l’hôpital central.

Mais en amont déjà, il pourrait y avoir moins de morts si le long de la nationale N°3, on avait des hôpitaux de référence, ou du moins dotés de plateaux techniques à la hauteur de la réputation mortifère de cette route. En 2014 déjà, l’Organisation des Nations unies avait trouvé en cette route «l’axe le plus mortifère d’Afrique». Des témoignages rapportent que certains blessés ont rendu l’âme entre Eséka et Yaoundé ou entre Eséka et Douala. Il se pose là un problème de programmation.

 

Minatd-Sapeurs-pompiers : Entre laxisme et incompétence

Le ministère de l’Administration territoriale et de la décentralisation (Minatd), à travers la direction de la protection civile, et les Sapeurs-pompiers, agissant en amont et en aval des incidents qui surviennent dans la vie de la nation. C’est que, le Minatd «est responsable de l'élaboration et de la mise en œuvre de la réglementation et des normes en matière de prévention et de gestion des risques et des calamités naturelles, en liaison avec les autres administrations concernées ; et est chargé de la coordination des actions nationales et internationales en cas de catastrophe naturelle», peut-on lire sur le site internet du Minatd. Face à la presse à son arrivée à Manyaï le 21 octobre, Mme Yap, la directrice de la protection civile, a avoué le retard pris à intervenir dû à la fausse information donnée sur les réseaux sociaux ; avant que le drame effectif ne survienne. «C’est là que j’ai saisi les pompiers pour descendre sur le terrain ; puisque c’est eux le bras séculier de la protection civile», affirme-t-elle. En fait, si le gouvernement savait pertinemment que la catastrophe du type Eséka était imminente, mais aussi que les usagers de la Nationale N°3 côtoient la mort au quotidien, rien ne peut justifier qu’aucune disposition n’ait jamais été prise afin d’alléger l’intervention des secours sur cet axe. A défaut de prévenir le danger, si ce n’est de la compétence du Minatd. Pas mieux pour les pompiers qui continuent d’ignorer cet axe de près de 300km et qui enregistrent au quotidien des drames. Abandonnant les moto-taximen et autres riverains organiser et gérer les secours à leur manière.

Dossier réalisé par Lindovi Ndjio  

Dernière modification le vendredi, 28 octobre 2016 18:08

LES DERNIERS ARTICLES

LES DERNIÈRES VIDÉOS

0
Partages
0
Partages