mardi 12 décembre 2017
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INTERVIEW : Marie Madeleine NGA, Coordonateur National du PNDP

Douze ans après le lancement du Programme National de Développement Participatif dédié à la mise à niveau de toutes les communes du pays, le Coordonnateur National revisite les acquis et explique les perspectives ouvertes par la phase III lancée cette année. 

 

Le PNDP vient de procéder au lancement officiel de sa phase 3. Quels sont les innovations et objectifs de cette nouvelle séquence ?

Je vous remercie de l’opportunité que vous m’offrez de présenter la troisième phase du Programme National de Développement Participatif. 

En effet, suite au décret d’habilitation N°2016/021 du 19 janvier 2016 du Président de la République, son excellence Paul BIYA, le Ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire a signé le 3 février 2016, l’Accord de financement sur fonds IDA pour cette phase, avec la Directrice des Opérations de la Banque mondiale. La mise en vigueur de ce financement a été déclarée le 04 avril 2016, et le lancement officiel au niveau national s’est déroulé les 10 et 11 mai derniers à Yaoundé. Cette opération de lancement s’est d’ailleurs prolongée dans les 10 régions du Cameroun du 11 juillet au 11 août 2016, sous la présidence des gouverneurs, et avec l’implication des maires, des parlementaires, des sectoriels et tous les acteurs du développement local (FEICOM, PADDL, Société civile, etc.).

Il s’agit d’une phase de consolidation des acquis des deux premières phases, qui va consacrer l’extension des actions du Programme aux communes d’arrondissement, permettant ainsi de couvrir les 360 communes des dix régions du Cameroun. 

De manière particulière, les innovations et acquis à consolider au cours de la présente phase portent sur : l’utilisation du Plan Communal de Développement comme outil de planification, de plaidoyer et de recherche de financement ; la mise en œuvre et consolidation d’un mécanisme d’entretien et de maintenance autour des ouvrages réalisés et ceux à réaliser ; la promotion de la transparence budgétaire à travers, entre autres, l’utilisation optimale du logiciel SIM_ba, un mécanisme de contrôle citoyen de l’action publique favorisant la communication, la redevabilité et la reddition des comptes ; l’accompagnement de la commune et des communautés locales dans la mise en œuvre des solutions endogènes, à travers une stratégie de communication adaptée et des mesures incitatives en fonction des ressources disponibles ; l’institution d’un guichet « performance » pour primer par région, à partir de 2017, les communes qui se seront distinguées dans leur capacité à s’approprier tous nos mécanismes, méthodes et outils ; la promotion de l’économie locale et l’amélioration de l’offre des emplois jeunes à travers la construction/réhabilitation des infrastructures socioéconomiques suivant les approches Haute Intensité de Main d’œuvre (HIMO).

Pour finir, d’autres innovations et chantiers initiés en phase 2, en particulier grâce au financement C2D, devront se poursuivre. Il s’agit notamment de la densification de l’opération HIMO dans l’Extrême-Nord et son extension dans les régions de l’Adamaoua et du Nord du Cameroun ; de l’opération REDD+ (Réduction des Emissions dues à la Déforestation et de Dégradation des Forêts) au profit de 10 communes ou groupes de communes représentant toutes les zones agro-écologiques du Cameroun, en vue d’alimenter la stratégie nationale REDD+ en cours de construction par le Ministère en charge de l’Environnement. Aussi, le projet Radios permettra de concrétiser d’une part la réhabilitation de 9 radios communautaires et d’autre part la création de 12 nouvelles radios au profit des Communes, afin de contribuer aux transformations sociales et à l’amélioration de l’engagement citoyen pour une meilleure participation aux efforts de développement dans les zones couvertes.

Globalement comme vous pouvez le constater, l’objectif visé au cours de cette phase sera de renforcer la gestion des finances publiques locales ainsi que les processus participatifs de développement au sein des communes en vue de garantir la fourniture des infrastructures et des services socio-économiques durables et de qualité.

Plus globalement quels étaient les objectifs du PNDP au moment de son élaboration ?

A son initiation, le PNDP avait pour objectif de renforcer les capacités de maitrise d’ouvrage des communes dans le processus de décentralisation en cours et mettre en œuvre un mécanisme de financement décentralisé afin d’améliorer l’accès aux services sociaux de base aux populations. Il s’agissait en réalité de rendre les acteurs (communes et communautés) aptes à prendre en main leur propre développement. Cet objectif est d’ailleurs resté le même au cours de la deuxième phase qui est intervenu entre 2009 et 2013 et qui a également consacré le passage du financement des communes d’un système sur la base des projets à un système d’allocations et d’appui budgétaire.

Si le PNDP a été mis en place au départ comme cadre opérationnel de la stratégie de réduction de la pauvreté, il faut souligner qu’il a connu une évolution dès 2010, pour cadrer avec la stratégie pour la croissance et l’emploi. 

A ce jour, quel est le bilan des deux premières phases en quelques chiffres ?

En gros, les actions du PNDP sur le terrain consistent au renforcement des capacités de maitrise d’ouvrage des communes, notamment dans les aspects de planification (PCD), passation des marchés, gestion comptable et budgétaire, suivi-contrôle, aspects socio-environnementaux, entretien et maintenance des ouvrages ; au renforcement des capacités opérationnelles (appui aux recrutement des agents communaux, dotation en équipements et moyens roulants et informatiques) ; au cofinancement des microprojets identifiés de manière participative.

Après deux phases de mise en œuvre et sans prétention d’exhaustivité, le Programme en chiffres c’est : 328 Plans Communaux de Développement desquels plus de 4000 microprojets ont été identifiés et cofinancés dans les 10 régions. Selon différentes évaluations indépendantes, ces microprojets ont induit les impacts suivants : 314 700 personnes ayant eu accès à l’eau, grâce à la création ou la réhabilitation de plus de 467 points d’eau ; 250 000 personnes ayant accès à l’électricité, grâce à l’électrification de plus de 50 localités ; 166 000 élèves qui peuvent étudier dans de meilleures conditions, grâce à la construction de plus de 274 salles de classe ; 95 000 personnes ayant accès aux structures sanitaires, grâce à la construction et l’équipement de 32 centres de santé intégrés ; 125 000 personnes désenclavées réparties dans 100 villages, grâce à l’aménagement de 160 km de pistes rurales et de 80 ouvrages de franchissement (ponts, ponceaux, dalots).

Le PNDP, c’est aussi la mise en œuvre d’un projet de renforcement des communautés rurales  à la gestion de leurs plantes médicinales entre 2004 et 2007, dans les régions de l’Ouest et du Sud et au profit de 59 villages, grâce à un don japonais. En outre, le PNDP, c’est plus de 290 microprojets de gestion durable des terres (reboisement, aménagements antiérosifs, agroforesterie, aménagement des pâturages, etc.), avec de bonnes pratiques adoptées par plus de 8 000 ménages. 

Le PNDP c’est aussi l’appui au recrutement de plus de 520 agents communaux de développement et financiers, placés auprès des communes et dont certains sont aujourd’hui nommés comme receveurs municipaux, secrétaires généraux, etc.

En outre, le PNDP c’est des centaines de sessions et actions de renforcement de capacités des acteurs dans les divers aspects de la maîtrise d’ouvrage communale, ainsi que des interventions spécifiques majeures en faveur des peuples autochtones vulnérables, notamment les pygmées.

Enfin, le PNDP a contribué a financé les études qui ont donné lieu aux lois portant fiscalité locale et régime financier des Collectivités Territoriales Décentralisés, ainsi qu’à l’arrêté sur les emplois type communaux.

Voilà un aperçu des réalisations du PNDP au cours des douze dernières années. Et nous ne comptons pas nous arrêter là, la confiance de notre hiérarchie nous galvanise et nous commande  davantage d’impacts sur le terrain au bénéfice de nos communes et de nos communautés.

Combien a couté la mise en œuvre des deux premières phases ? Et comment cette somme a-t-elle été réunie?

La première phase, dite d’initiation et mise en œuvre dès 2004 dans les six régions que sont l’Adamaoua, le Centre, l’Extrême-Nord, le Nord, l’Ouest et le Sud, a été financée à hauteur de 27,17 milliards de FCFA. Ces ressources sont issues respectivement du Budget d’Investissement Public, du Crédit IDA de la Banque mondiale, du C2D de première génération, de la Coopération financière allemande, de la coopération japonaise, du Fonds pour l’Environnement Mondial, des fonds PPTE et de la contribution des bénéficiaires pour la réalisation de leurs microprojets.

Mise en œuvre dès 2010, la deuxième phase du PNDP a été une phase d’extension à toutes les 10 régions, portant ainsi à 329 le nombre des communes d’intervention du Programme. Le budget global de cette deuxième phase achevée sur financement IDA et en cours d’achèvement sur fonds C2D de 2ème génération, a été de 68,26 milliards FCFA, venant du BIP, du C2D II, des fonds IDA et des bénéficiaires.

Pour ce qui est du renforcement de la gouvernance locale, qu’est ce qui a motivé la prise en compte de cet aspect dans la nouvelle phase?

Nous avions diagnostiqué que les communes avaient des lacunes, du reste confirmées par la Direction Générale du Trésor et de la Coopération Financière et Monétaire, en matière de reddition des comptes. De plus, elles éprouvaient de grandes difficultés à mobiliser et sécuriser leurs recettes fiscales, en même temps qu’elles avaient du mal à justifier de la qualité de leurs dépenses. 

Nous avons entrepris de les aider avec un projet de modernisation de leur chaîne budgétaire et comptable, chantier pour lequel nous bénéficions du partenariat signé avec l’Association Internationale des Maires Francophones qui a offert gracieusement aux communes camerounaises un progiciel de gestion dénommé SIM_ba. Avec cet outil dont nous appuyons l’installation et l’utilisation dans les communes, nous travaillons à la promotion de la transparence budgétaire et comptable de nos communes. C’est un projet qui a d’ailleurs honoré le Cameroun en octobre 2015, en étant sélectionné par l’Open Government Partnership comme l’un des cinq projets innovants dans le monde en matière de transparence budgétaire.

Le plan communal de développement représente un des principaux produits de l’action du PNDP. Quelle évaluation faite vous de son appropriation à ce jour ?

En effet, nous accompagnons les communes à l’élaboration leur Plan Communal de Développement. Je commencerais tout d’abord par définir le PCD simplement comme un document qui matérialise la vision de développement de la Commune à travers un programme d’actions tenant compte des potentialités, atouts et contraintes locales, tout en restant cohérents avec les documents nationaux d’orientation que sont le DSCE, ainsi que les politiques et stratégies sectorielles. Par ailleurs, le document est un outil précieux de plaidoyer et de partenariat varié pour la commune.

Sur le plan technique, je souhaite quand même indiquer que le PCD a connu une évolution conformément aux orientations du MINEPAT pour se décliner en trois grandes parties : (i) une partie qui condense le diagnostic de tous les secteurs (un secteur étant assimilé à un département ministériel), (ii) une planification holistique sur le long terme et (iii) une programmation assise sur les ressources disponibles avec 2 volets sous-jacents, le Plan d’investissement annuel (PIA) et le Cadre de dépenses à moyen terme (CDMT) qui est en train d’évoluer vers le cadre budgétaire à moyen terme. 

Aujourd’hui, les maires s’appuient de plus en plus sur leur PCD pour la planification et les actions de négociation, car c’est un puissant levier de développement. Le PCD ne confine pas, il libère les énergies et capacités créatrices, il balise, trace, oriente. Le PCD permet aux communes de rechercher des financements auprès des partenaires et bailleurs de fonds. Il faut d’ailleurs saluer l’initiative des maires, notamment les CVUC Adamaoua, qui fait tache d’huile aujourd’hui dans les autres régions, à l’exercice de maturation des projets sous l’encadrement des services régionaux du MINEPAT.

Au niveau des départements ministériels, de par son organisation par secteurs, le PCD est un puissant outil qui peut aider à l’exercice des compétences transférées dans le cadre du processus initié depuis 2010.

Il faut d’ailleurs relever que le MINEPAT s’est essentiellement appuyé sur le PCD pour l’identification des projets à réaliser dans le cadre du Programme pour l’Aménagement du Territoire (PRODAT). Et que depuis 2010, la circulaire du Chef de l’Etat sur la préparation du BIP instruit la consultation du PCD en vue de l’identification des projets au bénéfice des populations à la base.

C’est le lieu de dire qu’il existe un lien de plus en plus étroit entre le PCD et le BIP qui est l’identification des besoins prioritaires exprimés par les populations et devant figurer dans le journal des projets d’investissement adressés à la base. Au-delà des projets structurants issus des stratégies sectorielles et ministérielles, le PCD constitue le vivier essentiel dans lequel l’on devrait s’inspirer pour l’identification et la programmation des investissements communaux ou inter – communaux au bénéfice des communautés à la base. 

Quelle évaluation peut on faire des actions mises en œuvre au profit des populations autochtones vulnérables, notamment les pygmées? 

Conformément à l’évaluation environnementale et sociale initiale du PNDP, un Cadre de Gestion Environnementale et Sociale (CGES) a été élaboré. Il a été complété entre autres par le Plan de Développement des Peuples Pygmées (PDPP) dont le but de veiller à ce que le processus de développement engagé favorise le respect total de la dignité, des droits de la personne et la culture des peuples pygmées. Au cours de la deuxième phase, ce Plan a été mis en œuvre dans 31 Communes des trois régions du Centre, du Sud et de l’Est sur la base des plans d’action élaborés à la suite d’un diagnostic participatif et structurés autour de 05 composantes à savoir la citoyenneté, l’éducation, la santé, l’agriculture et la gestion des produits forestiers non ligneux, le dialogue intercommunautaire et sécurisation foncière. 

Les principaux résultats obtenus, avec l’appui des Chefs de Services d’Action Sociale auprès des Populations Autochtones Vulnérables (SAS) nommés par le MINAS, se présentent entre autres comme suit : (i) plus de 480 enseignants du niveau primaire ont été formés à l’accueil et aux techniques d’apprentissage des enfants Pygmées, (ii) 15 enfants pygmées ont été identifiés et formés dans les métiers de l’éducation et de la santé, (iii) 105 centres de santé fréquentés par les peuples pygmées ont bénéficié des médicaments essentiels pour répondre aux premières sollicitations des malades pygmées dans les régions concernées, (iv) 2 805 actes de naissances, 106 cartes nationales d’identité et 83 actes de mariage ont été établis et distribués, (v) 390 accoucheuses traditionnelles ont été formées,(vi)  plus de 3 400 enfants de 0 à 5 ans ont été vaccinés, (vii) 10 villages pygmées ont des droits d’usufruit sur des espaces reconnus par les bantous et l’administration, (viii) une plateforme, outil de mise en cohérence et de rationalisation des  interventions regroupant tous les acteurs au niveau local, est mise en place dans les 31 communes concernées.

La phase 3 de cette opération, qui a été officiellement lancée par la Ministre des Affaires Sociales le 12 août 2016 à Kribi, permettra de couvrir 37 communes dont quatre (04) dans la Région du Centre, seize (16) dans la Région du Sud et dix-sept (17) dans la région de l’Est. Au cours de cette phase, certains défis persistants à l’instar de la sous-utilisation de la plateforme mise en place à l’échelle communale, la difficulté d’insertion des jeunes formés dans les écoles professionnelles de santé et de l’éducation et l’absence d’une véritable politique de discrimination positive en faveur des peuples pygmées feront l’objet d’une attention particulière.

Mais nous pouvons déjà dire que nous avons reçu des assurances de la Ministre des Affaires Sociales qui a réitéré à l’occasion du lancement, sa détermination à accompagner les activités du PDPP et engager ses collaborateurs à nous apporter un soutien sans faille. 

Quelles auront été les principales difficultés dans la mise en œuvre des deux premières phases du Programmes? 

Après plus de 10 ans de mise en œuvre, des progrès réels sont enregistrés et perceptibles dans les domaines de la maitrise d’ouvrage communale, la capacité de gestion de montants importants par les communes moyennant un léger accompagnement et la dynamique de développement local de manière générale.

Cependant quelques défis systémiques restent à relever. Il s’agit de : l’insuffisance des infrastructures socio-économiques de base susceptibles d’améliorer les conditions de vie des populations locales ; la coordination encore perfectible des interventions des projets, programmes et autres institutions autour de la Commune ; la promotion encore faible de l’économie locale et sous-valorisation des opportunités offertes par la coopération décentralisée ; la mobilisation et la sécurisation des recettes fiscales ainsi que la qualité de la dépense publique encore perfectible; la nécessité de réduire l’insécurité, la pauvreté et de renforcer la prise  en charge des couches vulnérables notamment dans le Septentrion et l’Est; la mobilisation communautaire au niveau local encore insuffisante dans la mise en œuvre des projets, l’entretien et la maintenance des ouvrages ; l’engagement et le dialogue citoyens encore timides.

Toutefois, comme j’aime à le dire, appuyée en cela par de nombreux témoignages, la commune camerounaise de 2016 est totalement différente de celle qui existait en 2004 au lancement du PNDP. Beaucoup d’actions et de réalisations lui ont donné un visage nouveau qui permet d’envisager l’avenir avec optimisme.

Je ne saurais terminer cet entretien sans adresser une fois de plus mes sincères remerciements au Ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire, tutelle du Programme, pour tout le soutien, l’accompagnement et la confiance dont nous avons toujours bénéficié et qui nous permettent de contribuer aux efforts de développement local, et partant à l’émergence de notre pays. 

 

Dernière modification le mardi, 23 août 2016 12:04

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