lundi 23 octobre 2017
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Ben Modo : «La Fécafoot va avoir ces stades dans six mois» Spécial

Le 20 avril 2016 à Bamenda, le président de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot), Tombi à Roko Sidiki, procède à la pose de la première pierre du futur stade municipal de Mankon. Puis le lendemain, c’est à Bafia. Sangmélima et sur les ruines de l’ancienne infrastructure utilisée sans jamais avoir été réalisée tel que prévue initialement. C’est le départ d’une série de cérémonies similaires à Bafia, Sangmélima et Bangangté boucleront la série. Mais à peine semaine plus tard, les travaux s’arrêtent subitement. Suscitant de vives critiques sur un projet dont l’annonce lors de la campagne électorale avait nourri beaucoup de doutes. Surtout qu’entre temps, les comptes bancaires de la Fécafoot ont connu des soucis parce que bloqués dans le cadre de la polémique au long processus électoral. Pour ne rien arranger, le directeur général du FEICOM a émis des critiques sur la faisabilité et surtout le financement des chantiers engagés par la Fécafoot. Ben Modo, le directeur général de Prime potomac global, entreprise qui a gagné les marchés, éclaire la lanterne de l’opinion sur les zones d’ombre. Mais parfois, c’est l’ingénieur lui-même qui crée l’ombre autour du projet.


Qu’est-ce qui explique l’arrêt des travaux après leur lancement ?


Nous avons commencé les travaux au courant du mois d’avril, je crois le 20. Quelques temps après, nous avons reçu une visite d’une mission de contrôle et cette mission a exigé un certain nombre de choses de nous. Nous avons eu besoin de quelques temps pour les fournir. Maintenant c’est chose réglée. Nos équipes sont retournées sur les différents sites… Les problèmes étaient au niveau des notes de calculs. Quand on fait un plan, il comporte plusieurs compartiments, plusieurs sections. Par exemple, au Cameroun, on exige un plan d’impact environnemental, on vous exige également d’avoir des notes de calculs qui prouvent que le bâtiment va réagir d’une certaine manière. Nous avions ces choses suivant un autre code, il fallait simplement traduire cela dans le langage du code camerounais. On a pris un peu de temps pour faire ces adaptations. C’était simplement que nous avons envoyé nos notes de calculs et tous nos plans en anglais, et le Cameroun étant un pays bilingue, ceux qui ont commencé à étudier ces plans voulaient plus de détails. Et lorsqu’on veut plus de détails, parfois vous ne tombez pas d’accord sur certains détails, alors vous décidez d’arrêter pour tomber d’accord. Nous sommes tombés d’accord avec la mission de contrôle. D’autres projets ont été réalisés dans ce pays, mais personne ne peut vous montrer où est la note de calcul. Donc nous ne sommes pas un cas exceptionnel.


Autant dire que vous aviez donc sauté des étapes ?


Nous n’avons pas sauté d’étapes. Nous sommes une entreprise de développement. Dans un système normal, ce qui se passe c’est que nous arrivons sur un site, nous faisons des études de faisabilité, puis nous faisons nos designs. Ces designs vont produire des maquettes, des plans architecturaux, différents dimensionnements des éléments et des plans détaillés, avant d’engager les travaux. Donc nous avons suivi cette procédure-là. La différence c’est que nous avons eu une exigence ponctuelle. Je vais prendre un exemple : le contrôleur général de ce projet était également contrôleur sur le projet du barrage de Lagdo. Sur ce projet, il nous a dit que jusqu’à ce jour, personne ne sait si le barrage de Lagdo a été construit suivant le code de construction camerounais. La raison est simple : les Chinois sont venus avec toutes les notes de calcul en Chinois. Et personne ne comprenant le Chinois, on attendait que l’ingénieur chinois dise, mettez-ça ici, mettez ça là-bas, ainsi de suite. Donc les gens avançaient sans comprendre exactement ce qu’il était en train de construire. Je prends cet exemple pour dire que ça arrive tous les jours. Donc c’est pour dire que dans un projet comme celui-là, il n’y avait pas d’opportunité pour un tel projet, beaucoup plus grand que le nôtre, de convertir ce qui était fait dans un code chinois en codes camerounais. Dans notre cas, c’était simplement que nous avons envoyé nos notes de calculs et tous nos plans en anglais, et le Cameroun étant un pays bilingue, ceux qui ont commencé à étudier ces plans voulaient plus de détails. Et lorsqu’on veut plus de détails, parfois vous ne tombez pas d’accord sur certains détails, alors vous décidez d’arrêter pour tomber d’accord. Nous sommes tombés d’accord avec la mission de contrôle. D’autres projets ont été réalisés dans ce pays, mais personne ne peut vous montrer où la note de calcul. Donc nous ne sommes pas un cas exceptionnel.


Vous voulez dire qu’il n’y a pas aussi eu un problème d’argent ?


Non ! Non ! Du moins en ce qui concerne la Fécafoot. Ce que je veux noter c’est que l’argent, pour ce qui est de nos contrats, n’est pas un problème. Nous avons demandé à la Fécafoot certaines choses, nous lui avons donné une liste de conditions, et après négociations, nous sommes tombés d’accord sur une liste finale. Et ce que la Fécafoot devait faire, la Fécafoot l’a fait. Donc nous sommes un peu surpris du débat autour de ce financement. On parle du Feicom par-ci, on parle d’autres institutions par-là. Tout ce que nous pouvons vous dire c’est que notre convention ne concerne ni de près ni de loin un financement du Feicom. Le projet est entièrement supporté par la Fécafoot. Après négociations, nous sommes tombés d’accord sur un mécanisme de financement. Ce mécanisme de financement est simple : la Fécafoot devait mettre 45% du montant total du contrat, nous les donner en lettre de crédit. Cet argent devait être pris physiquement, mis dans un compte, et une banque qui est titulaire de ces fonds, nous émet une lettre de crédit, en indiquant que lorsque vous allez terminer le travail, voici ce qu’on va vous payer. Cette partie a été faite. La deuxième partie du financement suivant notre mécanisme, c’est 55%. Nous n’avons pas exigé qu’on nous paie cette partie pendant la construction. Nous sommes tombés d’accord avec la Fécafoot que les 55% seront payés pendant sept ans. La condition c’est que vous nous laissez gérer les stades pour que nous nous assurions que nous serons payés. Donc lorsque nous disons que la Fécafoot a donné ce que nous attendions, c’est qu’elle a fait ce que nous attendions d’elle. Je comprends que le débat est dû au fait que les gens n’ont peut-être pas la bonne information.


Que signifie concrètement «gérer les stades» ?


Ça veut dire une autonomie totale. Toute compétition qui se joue dans ces stades, et tout ce qui s’y déroule, c’est nous qui gérons.


D’aucuns doutent des compétences de Prime Potomac qui fait plus dans l’immobilier…


Nous avons fait une proposition simple. Nous avions montré ce que nous pouvions faire. Nous avons montré quelles étaient nos lacunes et nos forces. En venant, nous savions que nous avions quelque chose que les autres n’ont pas. C’est que, étant un développeur de projets d’infrastructures immobilières, nous avions l’expérience unique d’un meneur de jeu dans une équipe de construction. Lorsque vous êtes développeurs aux Etats-Unis, et d’ailleurs le modèle de développement aux États-Unis tel que magnifié ou rendu parfait par Donald Trump et son entreprise (Trump organisation), vous comprenez très bien que pour que la construction d’infrastructures aujourd’hui dans le monde soit efficiente, doit se faire avec des développeurs. Des gens qui prennent sur eux le risque et organisent tout. L’avantage pour le client, c’est qu’il paie un montant fixe. Et il sait qu’il attend tel résultat. Dans ce contexte, l’avantage pour le client, en l’occurrence la Fécafoot, va avoir ces stades dans six mois, chacun de ces stades va être doté de deux studios de télévision, des tribunes couvertes. Deux de ces stades devaient avoir la possibilité d’abriter plus de sept disciplines différentes, chaque stade devait avoir un restaurant, des bureaux, et la capacité de jouer en nocturne. Au lieu d’aller chercher une compagnie d’électricité, une compagnie qui va installer les studios de télévision, aller chercher de l’autre côté un expert pour la restauration, un expert en construction des pelouses ou des gradins, etc. La Fécafoot fait des économies en travaillant avec un développeur qui assume tout ce risque. Nous avons pris des gens qui sont experts dans leurs domaines. La différence c’est que ces gens discutent avec des techniciens et pas avec des profanes. C’est pour cela que nous avons pris pour le gazon synthétique, Act global qui est le leader dans le monde en la matière, tant en production qu’en installation. Les contrats qui ont été négociés avec ces compagnies-là, c’est pour permettre à la Fécafoot de payer des coûts plus bas. Nous avons négocié les contrats à une plus grande échelle, en les assurant de leur donner dix stades dans une période de deux ans, mais nous voulons que vous nous donniez les prix qui reflètent un certain discount. S’ils font la pelouse à 400 millions, nous achetions en gros dix, on nous fait le prix sur les dix, on divise ce prix par le nombre de stades. Mais nous ne payons que progressivement ; d’abord pour les quatre premiers stades, et les autres stades après.


On n’a pas entendu parler d’appel d’offres ; Comment avez-vous gagné un marché aussi important?


Nous avons fait une proposition simple. Nous avions montré ce que nous pouvions faire. Nous avons montré quelles étaient nos lacunes et nos forces. Aucune autre compagnie qui ne fait pas dans le développement, n’aurait négocié un tel contrat. La même chose avec les autres compagnies. Donc ces compagnies arrivent en sachant que nous ne sommes qu’à la phase numéro 1 d’un grand projet et les prix ont été bouclés sur deux ou trois ans. Si ces compagnies étaient venues faire la compétition sur un projet, ces stades n’auraient jamais pu être construits à 700 ou 800 millions. Ce sont des stades qui pourraient coûter facilement deux milliards. La preuve, les stades annexes coûtent des sommes beaucoup plus immenses. C’était la force que nous avions, en nous engageant. Et nous savions qu’il n’y avait personne d’autre qui pouvait offrir ce que nous avons offert. Je prends un autre exemple : lorsque nous proposons à la Fécafoot un stade fait pour avoir deux studios de télévision permanents, avec la capacité d’émettre en direct du stade, et la capacité d’avoir des matchs en nocturne, c’est que nous allons traiter en même temps avec General Electric qui va livrer les groupes électrogènes et les équipements électriques capables de faire le travail. C’est plus facile pour nous de négocier avec des techniciens avec lesquels nous avons déjà travaillé. A la compagnie qui a installé notre studio de télévision à New York par exemple, c’est plus facile de dire, ‘’on veut deux studios par stade, dans un projet de dix stades. Vous aurez donc 20 studios de télévision à construire, mais nous payons progressivement’’. Subitement, le coût d’un studio moderne passe du triple au simple. Ce que nous avons fait dans ce projet, il n’y a aucune compagnie qui était capable d’absorber le risque africain que cela comporte. Il y a des compagnies de développement en Occident, mais ces compagnies n’auraient jamais pris le risque que nous avons pris, simplement parce que ce n’était pas évident. Nous agissons un peu dans ce projet comme des propriétaires techniques. C’est ce qui a fait notre force.


Autant dire que vous faites donc de la sous-traitance ?


Nous ne faisons pas de la sous-traitance en tant que tel. On parle de sous-traitance lorsque vous gagnez un marché et que vous allez prendre quelqu’un qui va le réaliser pour vous. Ici, nous avons construit un consortium, un partenariat sur la durée. Je vous prends un autre exemple. La société qui vient installer le gazon synthétique. Nous signons un accord pour installer à nos frais une usine de production du synthétique au Cameroun, en 2017. L’expertise technologique vient de cette compagnie qui va l’installer. L’avantage pour cette compagnie, c’est qu’elle aura une partie des bénéfices de ce que nous allons produire au Cameroun, pendant 30 ans. Les sous-traitants ne font pas ça. Lorsque nous donnons une partie de nos profits à un partenaire pendant 30 ans, vous comprenez que nous nous inscrivons sur la durée. Nous sommes dans une logique de développement. C’est pour ça que nous sommes une entreprise de développement en infrastructures. L’avantage c’est qu’il y a des milliers d’écoles au Cameroun, au Congo, au Gabon,… qui pourront en avoir besoin. Vous avez un marché potentiel de cent mille clients. C’est un risque que nous prenons, mais si ça foire, c’est nous qui perdrons notre argent, pas le pays avec qui nous nous sommes engagés.
Au moment où je vous parle, la Fécafoot n’a pas payé un franc. Pourtant les travaux avancent. On ne peut pas tirer sur nous, comme si nous étions en train de faire quelque chose de mauvais. Nous sommes une compagnie de développement qui comprend ses forces et ses faiblesses. Là où nous sommes forts, nous allons exceller dans cela ; là où nous avons des faiblesses, nous nous sommes équipés en conséquence, en nous mettant en partenariat avec des gens plus forts que nous dans ces domaines.


Pourquoi sur son site internet, Prime Protomac global ne vend pas son expérience ?


Parce que nous ne sommes pas une entreprise qui va chercher des marchés : tout ce que nous faisons est pour nous. Nous ne gagnons rien à faire de la publicité. Dans un projet comme celui de la Fécafoot, nous gérons pour dix ans. Nous devenons comme des propriétaires pendant dix ans. Pourquoi faire de la publicité, si c’est nous qui venons avec notre argent ? Nous nous considérons comme des partenaires de développement. Nous ne construisons pas pour partir.


Est-ce que vous n’avez pas douté après la sortie du directeur général du Feicom, le principal financier des mairies, partenaires de la Fécafoot ?


Non, jamais. Parce que nous savons exactement de quoi nous sommes capables. En ce qui nous concerne, si tout notre projet avait été accepté, on ne parlerait même pas du Feicom dans cette histoire. Il y a eu négociation. Certains à la Fécafoot ont estimé que nous avons trop demandé, parce qu’en réalité, nous voulions faire quarante stades pour une concession de trente ans par stade. Nous ne demandons pas d’argent ; et nous étions partis pour trouver nous-mêmes nos partenaires qui allaient venir investir ; tout ce qui est droit de télévision dans ces stades nous reviendrait ; et nous gérerions ces stades sans interférence. Ce sont les conditions que nous avons proposées au départ. Si ça ne dépendait que de nous, on serait en train de discuter de ces stades dans une autre dimension. On n’est pas concerné par ce qui se passe avec le Feicom. Notre espoir c’est que, lorsque nous aurons livré ces quatre premiers stades, la Fécafoot pourra reconsidérer le projet que nous proposons. Nous voulons vraiment aller plus loin, créer un business autour du football camerounais, afin qu’il puisse payer ses acteurs. La convention que nous avons signée avec la Fécafoot nous oblige à employer 58 personnes par ville où nous construisons les stades. Il faut que nous trouvions de l’expertise sur place. Et si nous ne trouvons pas cette expertise sur place, nous sommes obligés de recruter des gens et les former. C’est une exigence de la Fécafoot. Nous avons aussi l’obligation de recruter 50 artistes camerounais, leur donner un programme de prestation dans les stades, nous occuper de la logistique et leur payer un salaire. Nous avons la confiance que nos interlocuteurs à la Fécafoot sont des personnes de bonne foi. Il s’agit pour nous de ramener le spectacle dans les stades, et nous pensons que le football doit être une infime partie. Nous voulons faire de ces stades des centres communautaires.


Et le délai de six mois sera-t-il encore respecté ?


Nous allons livrer nos stades en six mois. Il faut simplement que nous reprécisions les choses : nous avons commencé vers le 20 avril. Une semaine plus tard nous avons été contraints à arrêter. On a arrêté pendant cinq semaines, et maintenant, nous sommes en train de reprendre. Pour nous, si on enlève la semaine de travail, le délai va à cinq mois et deux semaines. C’est dans cette logique que nous allons continuer le travail. Donc, dans 5 mois et 2 semaines à partir de maintenant, nous allons livrer les différents stades.

 

Dernière modification le vendredi, 24 juin 2016 14:23

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