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26 mai 1990 Spécial

  • samedi, 28 mai 2016 09:30
  • Écrit par  François Bambou, Directeur de publication de l'hebdomadaire Défis Actuels et de www.newsducamer.com

Il y a des dates qui marquent l’histoire, et le 26 mai 1990 en est une. Il y a des hommes qui impressionnent leurs contemporains, et John Fru Ndi, au Cameroun, en fait partie. C’est ce jour là que cet homme brave la chape de plomb qui pétrifiait le pays, pour imposer le multipartisme au pouvoir, lequel jusque là était arcbouté sur son désir de perpétuer le parti unique et s’arroger ainsi le monopole de la pensée politique. Ayant déposé trois mois plus tôt un « dossier » à la préfecture de la Mezam pour créer son parti, le fondateur du Social Democratic Front annonce que l’absence de réponse des autorités sous trois mois vaut acceptation, et fixe la date du lancement de son parti au 26 mai, « pour ne pas gêner la célébration de la fête nationale du 20 mai ». Ni l’interdiction de la manifestation, moins encore le déferlement des forces de l’ordre dans la ville n’auront raison de la détermination de Fru Ndi et de quelques milliers de sympathisants qui viendront à son meeting. C’est aussi le jour où le Cameroun connaîtra ses premiers morts de la démocratie : six personnes tuées par balle selon des témoins, dont John Ngu Foncha qui s’est rendu à l’hôpital de Bamenda après la fusillade, piétinés pendant la marche selon la version du gouvernement. Finalement « piétinés par balles » selon une formule adoptée par la presse libre. 

A cette époque, le contexte politique est plus que tendu. Si Fru Ndi est passé de l’intention à l’acte, il n’est pas seul à travailler pour l’avènement d’une société de démocratie. Dans le pays, beaucoup ont déjà pris la résolution de casser le mono- pole du parti de Paul Biya sur le champ politique. A Douala, l’UPC rêve de sortir enfin de la clandestinité, et s’active, orphelin de son leader Woungly Massaga qui a tourné casaque au pire moment. D’autres, tel Yondo Black Mandengue, pensent que le moment est venu d’oser. L’avocat est d’ailleurs arrêté et condamné à trois ans de prison pour avoir tenu des réunions « clandestines » en faveur du multipartisme. La traque d’op- posants s’intensifie avec pour effet paradoxal de gonfler les rangs des contestataires. Les rares journaux libres sont censurés ou saisis. L’université de Yaoundé, la seule du pays à l’époque, est aussi en pleine surchauffe avec des leaders estudiantins dont l’action sera décisive pour faire plier le régime. Au plan international, plusieurs pays du continent sont déjà en ébullition. 

Le 26 mai 1990 est donc un tournant majeur de l’histoire politique du Cameroun, car il inverse les rapports de force entre le régime et ses opposants.
Les camerounais, à cette époque ont oublié leurs divisions culturelles, linguistiques, régionales ou ethniques. Les adhésions massives au parti à la balance, prouvent qu’aucun franco- phone n’a de complexe à l’époque à militer dans un parti dirigé par un anglophone.
Très vite catalogué par les communicants du régime RDPC comme un illettré, « un simple libraire », Fru Ndi n’en séduit pas moins dans les milieux intellectuels. Considéré par d’autres comme un néophyte sans étoffe politique, le fondateur du Social Democratic Front parvient à s’imposer au sein de l’opposition comme un leader au charisme ravageur, au verbe juste, mâtiné de populisme. Des talents qui lui permettront de faire grossir les rangs de la contestation et de mettre le régime dos au mur.
Au congrès du RDPC le 2 Juillet 1990, dans une phrase soigneusement ciselée, Paul Biya capitule : « préparez vous à une éventuelle concurrence », annonce-t-il à ses militants qui avaient pourtant battu le pavé, plus que de raison, « contre le multipartisme ». Il s’agit bien du même Paul Biya qui, quelques mois plus tôt dressait ses militants contre le multipartisme en se prononçant contre les modèles politiques importés. Cette annonce au congrès est donc une reddition en règle. En décembre de la même année, une série de lois viennent concrétiser l’ouverture politique en organisant la création de partis politiques. Une victoire pour le SDF et ses compagnons ainsi qu’une nuée d’autre partis politiques, qui obtiendront donc la légalité l’année suivante.
Mais qu’a fait le SDF de sa victoire? La question est en débat comme on le voit dans cette édition de Défis Actuels pour l’essentiel consacrée à l’évolution de cette formation politique au cours des 25 dernières années. Et même si les hiérarques de ce parti feignent l’autosatisfaction, les résultats sont bien maigres d’autant que ce parti a échoué à conquérir et à exercer le pouvoir d’Etat, et que son électorat comme sa capacité de mobilisation, se sont considérablement réduits. Et à défaut de rallier John Fru Ndi, le pouvoir est parvenu à lui coller une bien triste image de collabo de l’ombre. Tandis que les cascades d’exclusion des principaux cadres lui ont donné une allure d’autocrate, qui tranche avec ses prétentions de démocrate. Saura-t-il, passés ces 25 ans, opérer l’indispensable aggiornamento qui remettra son parti sur la pente ascendante? Beaucoup en doutent, mais on ne perd rien à espérer. 

Dernière modification le lundi, 30 mai 2016 14:57

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