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Fonction publique : Pourquoi l’Etat fait la guerre aux fonctionnaires fictifs

  • mercredi, 02 mai 2018 20:12
  • Écrit par  Par Arthur Wandji

Le gouvernement espère réduire les dépenses de l’Etat qui perd plus de 50 milliards de francs Cfa chaque année, à cause de ce phénomène.

Le recensement général organisé vers la fin de l’année 2000 a révélé qu’il existait plus de 7000 faux agents au sein de la fonction publique au Cameroun. Dix-huit ans plus tard, les chiffres ont certainement augmenté. Et c’est l’Etat qui doit en payer les frais : plus de 50 milliards de francs CFA perdus chaque année par le Trésor. « Les effectifs du personnel de l’Etat sont passés de 163 000 fonctionnaires en 2006, à 322 000 en moins de 10 ans », confie un cadre du ministère de la Fonction publique. En 2017, l’Etat du Cameroun a dépensé 1100 milliards de francs CFA pour le règlement des salaires des fonctionnaires et des pensions. Pour l’exercice 2018, les pouvoirs publics ont prévu une enveloppe de 1185,5 milliards de francs CFA pour ces deux postes de dépenses, soit 1024 milliards pour les salaires et 161,5 milliards pour les pensions. Le problème ? Une importante partie de cet argent va dans les poches d’agents fictifs de l’Etat, à l’instar de Guillaume P. (nom d’emprunt, Ndlr.), fonctionnaire camerounais à la retraite. Ses dix dernières années de service à la fonction publique, il les a passées…en France où il réside depuis ce temps. Pourtant, à la fin de chaque mois, ce sexagénaire percevait la totalité de son salaire. Le vieil homme avait en effet trouvé une astuce pour faire durer la supercherie. « Il y a quelques années, lorsqu’on a effectué l’opération d’enregistrement des fonctionnaires, c’est un cousin qui a monté ses dossiers comme s’il était encore au Cameroun. Du coup, il a été recensé et son salaire lui a toujours été versé », raconte l’une de ses nièces. D’après la jeune dame, Guillaume P. a usé du même procédé et a pu percevoir son salaire brut pendant sept mois, alors qu’il était déjà à la retraite.


Le grand ménage


Mais la guerre est déclarée. Après les experts du Fonds monétaire international (FMI) qu’a suivi le président de la République au moment de dévoiler les grandes lignes de l’exercice budgétaire 2018, le 20 juin 2017, le gouvernement camerounais va procéder dès la fin de ce mois d’avril, à une « opération de comptage physique des personnels de l’Etat ». Cette opération qui se fera sur toute l’étendue du territoire et qui a pour but « d’identifier et d’expurger du fichier solde de l’Etat tous les agents publics y émargeant irrégulièrement » court jusqu’à la fin du mois de juin. Sont visés par cette initiative : les fonctionnaires fictifs, c’est-à-dire ces agents de l’Etat qui perçoivent des salaires sans pour autant travailler de façon régulière à leurs postes respectifs ; les fonctionnaires « fantômes » qui ont déserté leurs postes de travail depuis des années sans toutefois arrêter de percevoir leur salaire ; ceux déjà décédés mais dont les familles continuent de percevoir le salaire par procuration comme s’ils étaient toujours en vie et en fonction ; et enfin, les agents enregistrés dans plus d’une administration publique et qui bénéficient par conséquent de plusieurs salaires.


Assainir le fichier solde


De sources concordantes, des consignes ont été données aux différents ministres du gouvernement et patron de l’administration publique afin de travailler dans le sens d’assurer non seulement une bonne adéquation entre les ressources publiques et la performance des politiques publiques, mais également de décentraliser la gestion des personnels de l’Etat et de la solde à travers la déconcentration de la masse salariale. « L’assainissement du fichier solde devra être renforcé », avait déjà annoncé Paul Biya. Parce que l’argent est rare. Et comme la quasi-totalité des économies africaines, le Cameroun en souffre également du fait des coûts élevés de son engagement dans la guerre contre la secte islamiste nigériane Boko Haram, et le combat mené contre les partisans de sécession plaqués dans les régions anglophones du pays, de la baisse des recettes non pétrolières due essentiellement à l’entrée en vigueur des Accords de partenariat économique (APE) avec l’Union européenne en août 2016, du ralentissement de l’économie nationale, de la baisse des cours du baril de pétrole sur le marché international, de même que pour le cacao qui pèse de moins en moins. Il faut pourtant que l’Etat continue d’exister et d’assumer ses responsabilités régaliennes. C’est dans ce cadre que s’inscrivent toutes les mesures prises par le chef de l’Etat et dont l’objectif vise l’amélioration de la dépense publique. Malheureusement, parmi les éléments qui freinent cette action, il y a la non-maîtrise de la masse salariale qui impacte négativement sur le budget. Il est donc question, au vu de la conjoncture actuelle, d’aller vers une gestion plus rigoureuse et équilibrée du peu de ressources disponibles en allouant par exemple aux administrations en termes de rémunération des personnels, les enveloppes à la hauteur des effectifs réels. Ainsi, pourra-t-on éviter au Trésor public de continuer à souffrir du phénomène de personnels fictifs.

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