dimanche 20 mai 2018
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André Mama Fouda : « La couverture santé universelle ne doit pas appauvrir les démunis »

Au micro de la Crtv, le ministre de la santé publique analyse le système sanitaire au Cameroun. Il évoque également l’état d’avancement de la couverture universelle.


Monsieur le ministre, quels sont les bons points en matière d’état du système de la santé sur lesquels le gouvernement peut se satisfaire ?


Je pense que nous avons une bonne couverture d’infrastructures puisque nous avons les formations sanitaires en construction et surtout les 300 formations sanitaires au niveau des villages. Ce qui est très important. Je pourrais aussi dire que nous prenons en charge les enfants de moins de 5 ans mais le problème est d’élargir les vaccinations du programme. Nous sommes en train de mener une vaste campagne pour l’éradication de la poliomyélite. Enfin, le Cameroun est engagé dans la lutte contre les grandes pandémies. Vous savez que dans notre pays la prise en charge de toutes les personnes infectées par le VIH ou la tuberculose est définie, de qualité et gratuite. Au niveau d’infrastructurel, la mise en oeuvre de ces actions ne semble pas être perceptible sur le terrain. Par exemple, l’hôpital de Sangmélima qui aurait dû rayonner demeure aujourd’hui un sujet d’inquiétude. De plus, les hôpitaux au Cameroun ne donnent pas toujours la pleine mesure des services attendus. 

Vous avez pris le sommet de la pyramide contrairement à nous qui avons décidé de commencer par la base. Le plus important pour nous, c’est de commencer par la prise en charge des soins primaires. Et, ces soins primaires de base sont assurés par les services sanitaires. C’est pour cela qu’il y a la grande base de la pyramide. Par la suite, nous trouvons la référence avec les hôpitaux de districts, régionaux puis les hôpitaux centraux et généraux. Aller attaquer la tête qui ne concerne qu’une certaine partie ou alors qui prend le cas d’une mesure finale, ce n’est peut être qu’un jugement partiel. Vous avez pris l’exemple de l’hôpital de référence de Sangmélima, qui est un hôpital de deuxième catégorie, c’est un hôpital neuf, il doit s’insérer dans le paysage sanitaire. Bien qu’il ne donne pas satisfaction. Peut -être qu’on pourrait dire que la vitesse à laquelle nous avons pensé qu’il soit rayonnant n’a pas été. C’est pour cela que le chef de l’Etat a décidé qu’on revoie la nouvelle dynamique. Donnons la chance à la nouvelle dynamique qu’elle puisse promouvoir la destination Sangmélima. Mais c’est bien de vous inquiéter parce que nous devons avoir le reflexe qu’après avoir été dans un hôpital régional, qu’on puisse aller dans un hôpital central. Nous ne devons pas seulement nous limiter à l’hôpital central de Yaoundé ou à l’hôpital Laquintinie de Douala mais qu’on puisse aussi aller à l’hôpital de référence de Sangmélima.


Parlant de la prise en charge des enfants de moins de cinq ans. On a enregistré en 2017 des ruptures de vaccin dans le programme prioritaire. Que s’est-il passé ?


Je pense que vous parlez de la petite tension qu’on a notée en fin 2017 qui a concerné un antigène. Je voudrais, vous dire que nous avons quand même deux antigènes et nous avons travaillé sur l’ensemble du pays pour que chaque antigène puisse être disponible. Je voudrais aussi vous dire que les structures du vaccin sont très limitées parce qu’il faut d’abord avoir accès à un vaccin sûr et de bonne qualité. Nous passons donc par une structure des Nations unies qui est l’Unicef, laquelle structure a une grande centrale d’achat dans le monde en Copenhague. Nous devons donc transférer les fonds du Cameroun vers Copenhague et c’est quand nos commandes arrivent qu’on la place. Il est arrivé, à ce moment-là, qu’il ait pénurie dans le monde, il n’y avait plus. Nous nous félicitons de ce que cette situation a été bien gérée et que les mamans ont pu rattraper leur calendrier de vaccination. Aujourd’hui, les vaccins sont disponibles et les mamans peuvent sereinement poursuivre le calendrier de vaccination de leurs enfants.


Où en êtes-vous, avec le projet de couverture universelle ? Pourquoi ce projet peine à être mis en œuvre au Cameroun ?


Je voudrais d’abord vous rappeler que la couverture universelle est un projet qui nécessité un énorme budget. Vous savez que la couverture universelle coûte 1500 milliards de francs CFA avec les frais des organes de gestion. Vous devriez comprendre que c’est un chiffre important puisqu’il représente presque le tiers du budget annuel du Cameroun. Mais nous avons continué à travailler. Au stade actuel, nous devons légiférer la couverture santé universelle dont nous avons quasiment déjà achevé l’avant-projet de loi qui va être mis au niveau des membres du gouvernement pour commencer à discuter. Nous devons commencer à réfléchir pour trouver les organes de la couverture universelle mais surtout et d’abord, nous devons réfléchir sur progressivité. Nous devons aussi savoir quel est la contribution de chacun de nous. Il faudrait que chacun contribue selon ses capacités parce que la couverture santé universelle ne doit pas appauvrir les pauvres. Ces réflexions sont très engagées, je crois qu’il y aura toute la visibilité au cours du premier semestre 2018. Nous n’avons pas pu être prêts le 7 avril mais je crois que nous allons beaucoup avancer dans les deux prochains mois. Nous savons que le financement de la couverture universelle ne repose pas seulement sur l’Etat mais il se repose aussi sur la contribution des ménages. Nous devons donc mettre ces ménages à contribution et cerner le prix des différentes pathologies et voir celles qui peuvent être supportées ou subventionnées ou identifier d’autres que les Camerounais devraient encore faire des efforts. Parce que malheureusement, l’Etat providence n’existe pas chez nous et n’est pas possible parce que le Cameroun est encore en voie d’émergence. La santé universelle sera un dispositif global parce que le
dispositif n’est pas un uniquement la prise en charge, c’est également le renforcement du système de santé et la gouvernance. Nous pensons que le Cameroun va s’améliorer et ensemble pouvons tenir ce pari.

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