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Finances : Le comportement des banques en période de crise

  • lundi, 02 avril 2018 14:28
  • Écrit par  Par Emmanuel Yangam, Ingénieur Statisticien économiste

L’ingénieur statisticien analyse le rôle que doivent jouer les banques au cours des périodes dites de crise au Cameroun et dans la zone de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique Centrale (Cemac).


Dans son numéro 614 du 15 février 2018, un journal de la place titre à sa Une « Le FMI dénonce des liens incestueux entre Etats et banques en zone CEMAC ». Cette relation s’expliquerait par le fait que les banques détiennent la quasi-totalité des titres d’Etats, un des « principaux canaux de transmission des risques macrofinanciers ». Cette sortie nous conduit à nous retourner vers le passé et à interroger le comportement des banques, tout comme la pertinence des instruments et logiciels interprétatifs de la pensée orthodoxe sur la conduite de la politique monétaire d’une part, et la formulation et la mise en œuvre de la politique économique dans nos pays, d’autre part.

Comprendre le Comportement des banques


Les études tendent à prouver que pour se développer, une économie a besoin d’un marché financier actif et organisé et d’un système bancaire fiable. Elles montrent par ailleurs que la majorité des décisions des agents économiques ne sont pas rationnelles, mais plutôt guidées par des tendances naturelles (excès de confiance, aversion aux pertes…) ou encore des facteurs émotionnels. Si les banques s’intéressent au rendement et au risque liés au placement de leur épargne, elles souhaitent aussi pouvoir liquider celle-ci à tout moment en cas de besoin, un peu comme si elles ne prêtaient qu’à court terme. De l’autre côté, les agents ont besoin de financement (Etat en particulier) veulent financer des projets à long terme ; ce qui signifie qu’ils ne pourront rembourser les sommes empruntées que sur une échéance relativement longue. Ainsi, lorsque l’épargne est prêtée contre remise d’un titre, les premiers pourront vendre les titres détenus en cas de besoin de liquidité, sans que les seconds n’aient à rembourser les sommes empruntées. Une bonne régulation du secteur est donc nécessaire pour assurer équité et concurrence entre emprunteurs.


Par ailleurs, confrontés à la désintermédiation de leurs emplois et de leurs ressources, il devient important pour les banques de s’adapter. Dans leur comportement, elles intègrent le fait que les titres d’Etat peuvent aider à accroître les dépenses publiques productives, par exemple financer l’infrastructure économique qui peut créer un cercle vertueux pour la croissance économique.

Pertinence des instruments et des logiciels interprétatifs de la pensée orthodoxe.


Au-delà du comportement des banques, l’économie est devenue très complexe et met au défi en permanence nos instruments de mesure et nos interprétations. La déréglementation financière a rendu les canaux de transmission de la politique monétaire plus complexes. Les effets mécaniques de l’action par les taux sur les agents économiques sont devenus moins clairs, moins directs et parfois contradictoires. Si le recours aux crédits bancaires demeure le principal mode de financement de l’économie, l’essor des marchés financiers n’en a pas moins entraîné des conséquences multiples pour la politique monétaire. La variation des taux directeurs est diffusée largement, mais les réactions de l’économie semblent être devenues plus incertaines. Aussi, les banques centrales de certains pays avancés ont adopté à partir de 2008 des mesures inhabituelles (qui vont au-delà de la politique monétaire « conventionnelle »), pour lutter contre les conséquences de la crise financière. Ayant déjà porté les taux directeurs à des niveaux très bas, elles ont imaginé de nouveaux moyens pour améliorer les conditions de financement de l’économie. Elles ont ainsi mis en place des taux d’intérêt négatifs, faisant payer aux banques leurs dépôts à vue afin de les inciter à prêter à l’économie. Ces mesures non-conventionnelles de politique monétaire avaient pour objectif, le rétablissement des canaux de transmission de la politique monétaire et in fine, un soutien au crédit bancaire et à la liquidité sur le marché monétaire. Ces mesures peuvent prendre des formes différentes, en fonction des priorités définies par les autorités monétaires (la relance du crédit, la lutte contre la déflation, etc), et aussi selon les caractéristiques des systèmes financiers. Par ailleurs, la crise de 2008 avait conduit à réhabiliter durablement l’activisme des États dans la politique économique et surtout, les vertus de la politique budgétaire contra-cyclique, consistant en une augmentation discrétionnaire des dépenses au-delà de leur niveau tendanciel en période de récession pour relancer l`économie, et en une réduction en période d`expansion. Une politique budgétaire expansionniste et une politique monétaire accommodante ont permis de juguler la crise de 2008 dans plusieurs pays. Les pays (Chine, Inde, Indonésie), qui ont peu subi les effets de cette crise, sont aussi ceux qui ont adopté d’importants plans de relance économique. Si elle prétend à la scientificité, l’étude de l’économie doit être soumise à des règles de vérification et structurée par des pratiques d’argumentation. Or la pensée économique dominante, qui fournit une grille d’analyse unique et contestable, s’est affranchie de ces contraintes. Peu importe que les contours de la monnaie soient devenus difficiles à définir, que des dimensions entières de l’activité échappent à la mesure et que la déflation constitue désormais une menace, certains économistes néolibéraux se comportent souvent comme si de rien n’était. L’expérience indique pourtant que ce qui fonctionne à merveille dans un pays peut avoir des effets modérés, imprévus ou négatifs dans d’autres.


Quelles leçons pour la formulation et la mise en œuvre de la politique économique ?


La domination d’un seul courant a des implications aux niveaux de la conception du fonctionnement de l’économie : pauvreté des solutions, en particulier en termes de politiques publiques. La pensée triomphante offre des grilles de lecture inadaptées face à la complexité des problèmes de nos pays. Autrement dit, le choix d’un cadre théorique a des implications aux niveaux de la conception du fonctionnement de l’économie et des politiques publiques. C’est pourquoi nous avons de l’admiration pour des économistes hétérodoxes (Joseph Stiglitz, Mushtaq Khan, etc.). Un économiste hétérodoxe est celui pour qui, il existe plusieurs façons de penser l’économie, et qui est ouvert sur les problèmes réels du monde et sur les autres disciplines. Contrairement à la pensée dominante qui privilégie la rationalité individuelle, l’économiste hétérodoxe estime que l’économie est la science de l’action humaine, qui étudie l’individu en train de faire ses choix et de prendre ses décisions. Les thèses développées par ces économistes peuvent être d’un grand apport pour mieux faire des choix économiques fondamentaux dans nos pays. S’inspirant des cas de Taiwan et de la Corée du Sud, le prof Mushtaq Khan recommande une forte intervention des Etats dans l’économie par l’adoption, entre autres, d’une politique d’équilibre régionale dans la promotion des entrepreneurs locaux. Face à un environnement complexe et soumis à des fréquents chocs, les différents acteurs économiques sont tenus de s’adapter constamment. Selon l’approche orthodoxe, la diminution des réserves de change nécessite la mise en œuvre d’une politique monétaire restrictive pour rétablir l’équilibre. Nous sommes nombreux à penser que la BEAC, qui est dotée de ressources humaines de qualité, ne saurait rester sans réaction face aux besoins de financement des pays membres de la CEMAC. En plus de la ré- forme efficace du système bancaire pour le prédisposer à devenir le cœur du financement de l’économie, la promotion des institutions financières mutualistes dans la zone est l’une des voies à explorer pour faire face aux besoins croissants des PME et des épargnants prudents. Parallèlement, des appuis techniques, humains et organisationnels des institutions financières (EMF notamment) qui opèrent dans la zone CEMAC devraient être favorisés. Contrairement à l’ordolibéralisme qui prône le retrait de l’Etat dans le processus économique, il faudrait construire un Etat agile et efficient, pour améliorer le mode de gouvernance de l’économie. Cet Etat devrait rééquilibrer l’économie en développant un appareil industriel fort, seul moyen de corriger les déséquilibres commerciaux dont souffre le Cameroun. Il pourrait prendre des mesures pour : a) aider les industries prometteuses en misant sur l’innovation ; b) protéger les secteurs importants de l’économie de prises de contrôle hostiles et c) réorienter les exportations vers les marchés en forte croissance. Les économistes devraient de ce fait orienter leur recherche vers le renforcement de l’efficacité de l’économie camerounaise. Il est par exemple important d’identifier les secteurs entraînants et de concevoir des approches originales pour i) susciter la création des entreprises dans le secteur industriel; ii) faciliter l’accès au crédit des micro-entreprises et des PME; iii) renforcer la productivité dans tous les secteurs (objectif majeur de la transformation économique) et iv) améliorer l’efficience dans la réalisation des infrastructures économiques clés. Il s’agit d’un appel au dépassement des clivages usés et des idées reçues.
Source : finances-Info de mars 2018

Dernière modification le lundi, 02 avril 2018 14:38

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