jeudi 19 avril 2018
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Guerre contre Boko Haram : les trois lycéens condamnés saisissent la Cour suprême Spécial

Fomusoh ivo, Azah Levis et Afuh Nivelle condamnés à dix ans de prison pour terrorisme en 2016, ont fait appel devant l’instance juridictionnelle.


L’affaire opposant Fomusoh Ivo, Azah Levis et Afuh Nivelle à l’Etat du Cameroun pour « terrorisme » va jouer les prolongations à la Cour suprême. Me Boniface Mbandam, leur avocat, a déposé un recours pour un pourvoi en cassation après que la Cour d’appel du Centre a confirmé, la semaine dernière, la peine de dix ans de prison ferme contre ces trois élèves jugés pour avoir partagé un SMS sarcastique sur la secte Boko Haram.


Un tour dans l’histoire
Les faits remontent au 2 novembre 2016, lorsque les trois amis lycéens, Afuh Nivelle Nfor, Azah Levis Gob et Fomusoh Ivo Feh, écopaient chacun, d’une peine de dix ans de prison ferme, prononcée par le tribunal militaire de Yaoundé, pour « non-dénonciation d’actes terroristes ». Leur pêché ? Avoir partagé par SMS une « blague » – comme ils l’ont justifié - sur la secte islamiste nigériane Boko Haram, qui continue de semer la terreur dans la partie septentrionale du pays. « Boko Haram recrute des jeunes de 14 ans et plus. Conditions de recrutement : avoir validé quatre matières et la religion au baccalauréat », ont-ils échangé. A l’époque (décembre 2014, Ndlr), la « plaisanterie » semble assez cocasse pour Azah Levis Gob qui décide alors d’envoyer ce message à son ami Fomusoh Ivo Feh. Celui-ci, sans hésiter, le fait suivre à son tour à Afuh Nivelle Nfor, alors élève en classe de première au lycée bilingue de Deido, à Douala. Seul hic ? Le SMS est découvert par l’un des enseignants de ce dernier qui alertait aussitôt la police. Les trois élèves sont immédiatement arrêtés et écroués à la prison centrale de Yaoundé. Condamnés à dix ans de prison en première instance, ils ont fait appel. Mais la sentence a été confirmée.


« Son emprisonnement a tué son père »


En zone anglophone, les parents des trois élèves continuent de clamer l’innocence de leurs gamins. « Mon fils est un jeune respectueux. Il m’accompagnait au champ et m’aidait durant ses vacances. Il était tout pour nous. Son emprisonnement a tué son père. Il est mort de chagrin en août 2016. Levis était son bras droit. Il devrait être à l’université aujourd’hui », confiait à Lemonde, Regina Ake, la mère d’Azah Levis Gob. Comme elle, Judith Foh Ngah, la mère d’Afuh Nivelle Nfor se dit toujours prête à donner sa vie comme « garantie » pour prouver l’innocence de son fils. « Après leur arrestation, la police a fouillé nos maisons. Rien n’a été trouvé. Ils sont même allés voir les compagnies de téléphonie pour remonter à l’origine du SMS. Rien. Mon fils blaguait seulement. Le SMS était amusant et comme tout jeune, ils ont voulu le partager entre amis, pour rire ». Mais les trois jeunes continuent de purger leur peine en prison. Même si leur histoire a touché plus d’un au Cameroun et à l’étranger. Tenez ! Amnesty International a par exemple dénoncé cette condamnation et invité les autorités camerounaises à libérer les trois incriminés.

Plus de 300 000 signatures ont été collectées à cet effet à travers le monde, parmi lesquelles celles de l’ancien footballeur international camerounais, Patrick Mboma et du milliardaire britannique Richard Branson, qui espèrent toujours voir le chef de l’Etat, Paul Biya, ordonner la libération de ses trois « plaisantins ». En vain. Le président de la République n’a pas encore répondu à leur sollicitation. « Nous estimons que Fomusoh Ivo et ses deux amis n’auraient jamais dû être arrêtés pour avoir envoyé un texte sarcastique sur Boko Haram. Ils exerçaient simplement leur droit à la liberté d’expression. Ivo et ses amis devraient être libérés immédiatement et inconditionnellement », soutient Ilaria Allegrozzi, chercheuse pour Amnesty International. Selon l’ONG, après leur arrestation, Nivelle, Levis et Fomusoh auraient été « maintenus en détention avec les jambes entravées au niveau des chevilles » pendant quatre mois. Et les « entraves » n’auraient été retirées que lorsque leurs avocats ont déposé une demande auprès du juge d’instruction. Des accusations de torture contestées à l’époque par le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement. De leur côté, les avocats des jeunes élèves continuent de soutenir que si le SMS « amusant » avait « réellement » un lien avec la secte islamiste, il aurait été accompagné d’un numéro de téléphone des potentiels recruteurs de ladite secte. « Ce n’était pas le cas », disent-ils. C’est pourquoi ils espèrent un meilleur verdict auprès de la Cour suprême.

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