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Ariel Ngietedem : « il n’y a pas de valeur ajoutée quand on exporte les matières premières »

  • mardi, 27 mars 2018 13:59
  • Écrit par  Junior Matock (Défis Actuels)

L’expert en fiance publique analyse le déficit de la balance commerciale du Cameroun au cours de l’année 2017 tout en indiquant les voies de sortie. 

Selon une note de l’Institut National de la Statistique récemment publiée, la balance commerciale du Cameroun demeure déficitaire. Comment comprendre ce fait ?

 C’est très simple. Si la balance demeure déficitaire, c’est parce que le Cameroun a continué à importer plus qu’il n’en exporte comme c’est le cas depuis un certain nombre d’années. Pour fixer les uns et les autres, il faut dire que la balance commerciale du Cameroun commence à être déficitaire en 2007. Cela fait donc onze ans précisément que le déficit de la balance commerciale est une réalité. Les pouvoirs publics n’ont pas pris la mesure de la chose en mettant en place des politiques permettant d’inverser véritablement la tendance. Le Cameroun continue d’importer plus qu’il n’en exporte. Cela peut se comprendre. Il y a des importations qui sont incompressibles. En l’occurrence les importations liées à la guerre. Contre Boko Haram notamment. Du fait de cette guerre, le Cameroun se retrouve en train d’importer des armes et autres munitions. Elles sont donc incompressibles parce que le Cameroun ne peut pas en fabriquer. Il y a également les importations liées aux projets structurants, à l’instar de la construction des barrages hydroélectriques. Par contre, il y a des importations qu’on aurait pu par exemple éviter, par exemple tout un stade de football qu’on fait construire en Italie sous forme de préfabriqués et qu’on importe au Cameroun. Vous comprenez que cela contribue à grever le déficit de la balance commerciale. A côté de ces matériaux, il y a les produits d’utilisation courante, tels que les produits alimentaires qu’on aurait pu produire sur place. Nous avons des terres arables ainsi que la main d’œuvre nécessaire. L’Etat pouvait mettre en place des mécanismes pour permettre à l’agriculture de nous fournir ces produits, mais ce n’est pas encore le cas. En outre, en ce qui concerne les exportations, on aurait pu augmenter les quantités des produits exportés. Il faut dire par exemple que la banane camerounaise qui est un des produits phares dans les exportations Camerounaises ne se porte pas très bien sur le marché international ces dernières années. Et je dois même vous faire une révélation, le Cameroun importe l’huile de palme du Gabon. C’est paradoxal en ceci que le Gabon s’est toujours ravitaillé au Cameroun pour ce qui est des produits alimentaires. Mais depuis un certain temps, le Cameroun importe l’huile de palme au Gabon. Alors même que nous avons plus de potentiel de production de l’huile de palme que le Gabon. Mais il faut cependant souligner que des mesures ont été prises par le gouvernement Camerounais, ne serait-ce que dans le secteur de l’huile de palme, et notamment la subvention des engrais, mais on peut regretter que cette mesure arrive un peu en retard.

Vous avez évoqué les produits tels que le riz et le poisson. On remarque que pour le compte de l’exercice 2017, ils figurent parmi les 10 premiers produits dont les dépenses d’importation représentent désormais 52 %. Ce qui de fait dégradent la balance commerciale. Que peut-on faire pour juguler de manière durable ce phénomène ?

 Le Cameroun est un pays ouvert sur l’océan, un pays qui a une façade maritime assez importante. Il devrait pouvoir faire de la pêche, produire sur place suffisamment de poissons. Produire du poisson en haute mer sur l’océan et même à l’intérieur du pays à travers la pisciculture. Il dispose de tout un ministère dédié à cette question de pêche et d’industrie animale à savoir le MINEPIA. Il devient dès lors difficile de comprendre qu’il continu à importer autant de poissons. La conséquence est logique : sa balance commerciale s’en trouve éprouvée. C’est un problème de volonté politique et peut-être d’une administration qui n’innove pas, qui manque d’imagination. C’est d’ailleurs le lieu de décrier l’inertie de l’administration Camerounaise, surtout une administration qui ne soit pas tourné vers le développement. Parce que si cette administration était tournée vers le développement comme l’a toujours souhaité le Chef de l’Etat, le Cameroun aurait pu baisser les importations du poisson parce que ce pays a un potentiel considérable qui lui permet de produire du poisson sur place. Pour ce qui est du riz, le Cameroun produit un riz qui est très prisé par les consommateurs locaux : le riz de Ndop. Mais il se permet d’importer du riz thaïlandais qui est subventionné par l’Etat thaïlandais. Très souvent d’ailleurs c’est un riz avarié, si on s’en tient aux déclarations de l’avant dernier ministre de l’Agriculture et du développement rural qui faisait état de ce que ce riz était avarié, qu’il avait été produit depuis 15 ans. Le Cameroun a un potentiel avéré en matière de production agricole, il faut juste le mettre en valeur. Les sociétés comme la Semry avait été crée justement pour adresser cette problématique. Ceci amène à questionner la performance des sociétés d’Etat.

Le Minader et le Minepat apportent des appuis aux acteurs du secteur privé qui œuvrent soit dans la production du riz ou du poisson. L’ancien Ministre de l’Economie, Louis Paul Motaze, a par exemple accordé un soutien de plus d’un milliard de francs CFA aux populations de Manoka pour la conservation du poisson.

Cette action du ministère de l’Agriculture et du développement rural est inscrite dan le Plan National d’investissement Agricole (PNIA) qui est adossé à la stratégie du secteur rural. Soit dit en passant j’ai d’ailleurs participé à l’élaboration et à la validation de ce plan. Ce plan prévoit beaucoup d’activités d’appuis du secteur privé qui oeuvre dans le secteur rural qui comprend en plus du Minader, le Minfof, le Minepia et le Minepded. Mais le problème c’est la mise en œuvre. Comme c’est d’ailleurs le cas avec les projets d’investissement public au Cameroun, le problème c’est la mise en œuvre et le suivi-évaluation. In fine, c’est un problème de gouvernance, quelques fois du à la mauvaise utilisation des ressources humaines. La bonne personne qu’il faut à la bonne place n’est pas toujours de mise au Cameroun. Il ne reste plus qu’à espérer que cette action de l’ancien ministre de l’Economie, avec ce milliard investi par l’Etat du Cameroun à Manoka, produise les effets escomptés à savoir booster la production du poisson.

Les données de l’INS révèlent également que les exportations du Cameroun sont en baisse depuis quatre ans. Et qu’on enregistre aussi des baisses au niveau des dépenses d’importations. Quelle analyse vous inspire une telle situation ?

Quand on dit que les exportations sont en baisse, ceci suppose simplement que l’économie Camerounaise ne produit pas assez pour exporter. Le Cameroun exporte essentiellement des matières premières. Quand on se rend compte que les cours des matières ont connu une baisse drastique ces dernières années, avec le pétrole dont le baril est passé de 120 dollars à moins de 50 dollars et le cours du cacao qui subit une baisse drastique, on peut comprendre aisément la baisse des exportations du Cameroun. De toutes les façons, quand on exporte les matières premières, il n’y a pas de valeur ajoutée véritable. La baisse de leurs cours impactent négativement les exportations, étant donné que celles-ci sont évaluées sur la base de leur valeur monétaire. En clair, la baisse des exportations est justifiée par la dégradation des cours des matières premières. Comme nous ne fixons pas les prix en la matière, nous sommes des « price taker » et non des « price maker ». Ce n’est pas en essayant la quantité des matières premières produites comme on l’a vu au Cameroun avec le pétrole brut qu’on peut améliorer efficacement les exportations. C’est évidement le développement des chaînes de valeurs, la valorisation des matières premières qui constitue la solution idoine, la plus efficace et la plus pertinente. En réalité le Cameroun devrait tirer profit des APE qui pour le moment restent encore une menace pour l’économie Camerounaise. Pour le faire, le Cameroun se doit d’inverser cette tendance en transformant cette menace en opportunités. Cela passe par la promotion des chaînes de valeurs, la transformation des matières premières sur place et l’exportation plutôt des produits finis ou semi finis dans le marché de l’Union Européenne. Vous avez compris, il s’agit d’aller vers plus d’industrialisation. C’est de l’industrialisation qu’il s’agit. Il faut développer le secteur industriel. Mettre en place des politiques sectorielles en matière d’industrialisation qui permettent de booster les chaines de valeurs et créer la valeur ajoutée ; cela permettra d’accroitre sensiblement les exportations et partant la balance commerciale du Cameroun.

Peut-on faire un lien entre les dépenses d’importation et le déficit budgétaire dont a souffert le Cameroun et qui l’a conduit à signé un programme économique et financier avec le FMI ?

Oui ce lien peut être établi pour ce qui est des dépenses publiques liées aux importations. Parce que si le Cameroun a souffert et continue de souffrir d’un déficit budgétaire c’est parce qu’il a dépensé plus qu’il n’en a collecté des recettes. C’est donc tout à fait logique qu’il y ait un lien entre ces dépenses et le déficit budgétaire. Lors du dernier Conseil des ministres, le chef de l’Etat a demandé une fois de plus de rationaliser ces dépenses de l’Etat. Il convient surtout de réduire la corruption dont l’impact sur les finances publiques n’est plus à démontrer. En effet, une étude menée par l’INS a démontré que la corruption fait perdre chaque année au Cameroun en moyenne 20 % de ses ressources budgétaires.

Dernière modification le mardi, 27 mars 2018 14:14

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