mardi 12 décembre 2017
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Enam : le semencier de l'élite administrative Spécial

Amphithéâtre Enam Amphithéâtre Enam (c) www.enam-cm.org

Depuis près de 60 ans, cette institution recrute, en principe, les plus brillants élèves et étudiant pour en faire l’élite administrative du pays.

Costume sombre, tailleur strict ou tenue traditionnelle d'apparat. Ce lundi matin, les étudiants de l’École nationale d’administration et de magistrature (Enam) sont pressés. Comme d’habitude. Ici, la tenue et la ponctualité sont de rigueur. « C’est dans cette école qu’on forme l’élite de l’administration Camerounaise. Nous mettons un point d’honneur à leur inculquer les meilleurs valeurs du management public dès l’école », commente un enseignant, lui-même ancien de cette prestigieuse écurie. « De plus en plus, l’Enam s’affirme comme une école de référence dans la sous-région Afrique Centrale. Outre les nationaux, ses pensionnaires viennent des pays voisins comme : la République Centrafricaine, la République du Congo, la République du Gabon et la République du Tchad. Les succès obtenus méritent d’être renforcés et pérennisés. Les conditions d’accès sont très rigoureuses. Les postulants doivent être bien préparés, il n’y a pas de place pour les aventuriers. L’École répond aux besoins de formation du monde d’aujourd’hui en matière de gouvernance. Les chevaux de bataille étant : l’éthique, la rigueur, la gestion saine de la fortune publique, la probité et l’intégrité morale », explique Linus Toussaint Mendjana, le directeur général de l’école, dans une note de présentation de sa structure.
Créée en 1959 sous la dénomination de l’École camerounaise d’administration (ECA) avec pour missions la formation et le perfectionnement des fonctionnaires, elle change de dénomination en 1964 pour devenir L’Enam avec pour mission d’assurer la formation des personnels des services civils et financiers de l’État ainsi que celle des magistrats de l’ordre judiciaire. «En créant cette école une année avant l’indépendance du pays, “ll s’agissait, pour notre pays naissant, expliquait Paul Biya lors de la célébration du cinquantenaire de l’école, de mettre à la disposition de l’administration publique un personnel en nombre suffisant et qualifié ; de se doter des moyens humains nécessaires pour maîtriser le fonctionnement de l’État ; de s’approprier les mécanismes de promotion de notre développement. Elle a assuré la formation de nombreux fonctionnaires dont bon nombre ont joué un rôle remarquable dans l’édification, le progrès et le rayonnement de notre pays».

 

Frustration

Du fait de cette diversification des filières de formation, l’Enam reverse chaque année au sein de la haute administration quelque 650 hauts fonctionnaires prêts à l’emploi dans l’administration territoriale, les impôts, la magistrature ou encore le greffe. Au total, environ 15000 hauts cadres dirigeants pour l’administration publique camerounaise sont déjà sortis de cette école, dont quelque 300 ressortissants d’une dizaine de pays africains.

 

Grandes entreprises

Quasiment tous les fonctionnaires ayant des postes de commandement dans la préfectorale sont sortis de l’Enam, de même que la totalité des magistrats du pays. Dans les hautes charges de l’État, on trouve des produits de l’Enam dans la plupart des départements ministériels ou grandes entreprises publiques. Ce qui a pour don d’agacer d’autres cadres du pays, bien formés et expérimentés, frustrés de savoir que la haute fonction publique soit ainsi réservée aux produits d’une seule école de formation. Une frustration qui n’a pas lieu d’être selon un ancien de l’école. « L’Enam n’est pas la seule grande école du pays. Il y a des écoles pour enseignants, ingénieurs, médecins et autres, qui sont également intégrés dans la fonction publique. La particularité de l’Enam c’est qu’au-delà de la formation aux métiers de magistrats ou des impôts, il y a une importante filière de formation d’administrateurs civils, dont les compétences sont transversales, essentiellement orientées vers le management public. C’est donc normal que ceux-là se retrouvent souvent à des fonctions importantes. Et d’ailleurs cette tendance est des moins en moins affirmée, car on trouve des enseignants de formation qui occupent de hautes fonctions dans des ministères qui n’ont rien à voir avec l’enseignement, et même des magistrats à la tête d’entreprises publiques ». Les temps changent donc, mais lentement.

 

Recrutement

Chaque année, ce sont des dizaines de milliers de jeunes étudiants camerounais qui postulent pour le concours d’entrée dans cette école. Le nombre de places étant limité, la préparation au concours d’entrée a généré un business parallèle de préparation. Plusieurs jeunes doctorants ouvrent alors des cours de préparation très courus pour essayer de rendre leurs poulains plus performants lors des épreuves, le nombre de places étant forcément limité, la déception est bien souvent au rendez-vous. La suspicion aussi. Pour beaucoup de jeunes déçus, les jeux sont pipés d’avance au bénéfice de quelques enfants de bonne famille. Ce qui fait sourire un responsable de l’école. «Imaginez 25000 personnes en compétition pour 600 places. Le nombre de déçus est forcément élevé. Et c’est vrai que ceux qui sont recalés ne sont pas forcément de mauvais sujets, mais je dois préciser que le niveau de la compétition est très élevé. On peut être très bon et se faire damer le pion par un autre jeune qui est encore meilleur ».
Et puis, ajoute ce responsable, le tout n’est pas d’entrer à l’école, mais il faut pouvoir en sortir. Un cancre qui réussit par un moyen quelconque ne pourra jamais avoir de diplôme de sortie. Car la formation est très compétitive, et il faut avoir d’excellentes notes pour mériter son diplôme de sortie. Ce que confirme Yves, majors de sa promotion en régies financières de l’Enam il y a cinq ans, et aujourd’hui haut responsable du contrôle supérieur de l’État. «Pour tenir à l’Enam il faut être travailleur. Depuis la formation militaire jusqu’à qu’aux évaluations classiques dans les différentes filières de formation, l’étudiant est sous tension et sous pression permanente. S’il est appelé à prendre des décisions graves dans l’avenir, il doit donc être quelqu’un de singulièrement réfléchi. À l’image du magistrat dont la décision impacte la liberté, voire la vie d’un citoyen, ou de l’administrateur civil, dont l’option peut embarquer le pays dans une situation grave. Il est donc difficile pour un sujet moyen d’y trouver sa place. Même s’il
réussissait à intégrer l’école, il aurait du mal à en sortir avec un diplôme », conclut-il. Preuve de cette rigueur, il y a deux ans, cinq étudiants ont été exclus pour tricherie. Il arrive régulièrement, confie une source au sein de l’établissement, que des étudiants peu travailleurs soient exclus pour leurs résultats insuffisants, ou pour avoir présenté de faux diplômes dans leurs dossiers de concours. Mieux, il est même déjà arrivé en 2012 que les résultats d’un concours direct pour le recrutement de trente-cinq élèves inspecteurs des prix, poids et mesures, cycle A de la Division administrative de l’Enam soient déclarés nuls, parce qu’aucun candidat n’a obtenu la moyenne requise pour les épreuves écrites d’admissibilité. « L’on ne pouvait pas admettre des postulants juste parce qu’il faut pourvoir des places. Seuls les candidats méritants doivent être reçus à l’Enam », expliquait alors un cadre de l’institution de formation.


Partenariat

En matière de formation continue, l’État a noué des partenariats avec quelques grandes écoles internationales dans le monde, à l’instar de l’ENA de Paris qui recycle de nombreux produits de l’Enam, triés parmi les meilleurs. En janvier 2015, Linus Toussaint Mendjana, le directeur général de l’école a signé des accords de partenariat avec de grandes institutions universitaires américaines afin d’ouvrir résolument son école au monde. Il s’agit notamment de la George Mason University, l’Université de Redlands et de la Mairie de Philadelphie qui offrent ainsi l’opportunité aux élèves présélectionnés et définitivement admis à l’issue des tests d’aptitude, de bénéficier des stages dans ces structures. Depuis un an, Linus Toussaint Mendjana a également ouvert son école aux acteurs du secteur privé, à l’occasion d’une conférence donnée à l’Enam sur le thème « Partenariat Enam-Gicam : Imprégner la future élite administrative aux réalités du secteur privé”, présentée par Alain Blaise Batongue, le secrétaire exécutive du Gicam. Une façon, plaide l’organisation patronale, de préparer les futurs cadres de l’administration, à
avoir une relation plus coopérative avec les nombreux start-upers d’aujourd’hui, qui seront pour beaucoup des capitaines d’industrie demain.

 

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Dernière modification le jeudi, 30 novembre 2017 09:53

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