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Tensions à Bamenda et Buea : L’échec coupable des élites politiques anglophones Spécial

  • jeudi, 28 septembre 2017 12:01
  • Écrit par  Arthur Wandji

Attendus sur le terrain de la réconciliation, ces membres du gouvernement et de la haute administration publique, originaires du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ont choisi de jeter de l’huile sur le feu quand d’autres, préfèrent jouer un rôle de simples spectateurs.


Les tensions se multiplient dans les rues de Bamenda et de Buea. Les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest demeurent en ébullition. Le dialogue semble n’avoir jamais existé entre les manifestants et les pouvoirs publics. Et encore moins avec les élites politiques originaires de cette partie du pays. Ces élites que beaucoup d’observateurs accusent d’avoir joué un rôle trouble dans la gestion de la crise, en promettant au chef de l’Etat que les frondeurs n’étaient que de « petits bandits de quartiers », et qu’il n’y avait « aucun risque d’embrasement ». Elles ont eu tort de minimiser la situation. Du coup, au lieu d’user de diplomatie pour réconcilier leurs « frères » dont elles ont le devoir – au moins sur un plan tribal – de défendre les intérêts, celles-ci n’ont fait que jeter de l’huile sur le feu. C’est le cas notamment de Paul Atanga Nji qui, en novembre 2016, alors que la crise naissait, a publié une tribune dans laquelle il s’étonnait du débat sur la marginalisation des anglophones. « Les élites politiques du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ne permettront à quiconque de remettre en cause l’intégrité nationale », indiquait le secrétaire permanent du Conseil national de la défense. Or, en réfutant dès le départ l’existence d’un « problème anglophone », le ministre chargé de mission à la présidence de la République s’est présenté aux yeux des siens, comme un traitre qu’ils ont failli lyncher lors d’un meeting du Rdpc à Bamenda, au cours de la même période.


Rupture du dialogue


L’Elite politique anglophone, qui devait en effet tenir le leadership dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest est devenue « persona non grata » chez elle. « Les élites politiques ont échoué, avouait un journaliste originaire de Bamenda. Le message ne passe plus ». Pire encore, les populations ne sont plus disposées à écouter. Illustration ? Le cas de Philemon Yang, premier ministre originaire de la zone anglophone du pays qui n’a pas pu ramener les manifestants à la raison. Lui qui a pourtant multiplié des descentes sur le terrain, créant même un Comité ad hoc chargé de proposer des solutions aux problèmes des syndicats anglophones, pour ensuite essuyer un échec cuisant. « Le premier ministre lui-même perd les élections dans son village car les gens ne se reconnaissent pas en lui, ajoute notre confrère. Et c’est pareil avec toutes les élites politiques anglophones qui ont passé le temps à snober les populations. Les populations se sentent trahies par ces élites, d’où la rupture du dialogue ». Pourtant, une Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme a bien été créée le 23 janvier 2017 avec à sa tête, Peter Mafany Musonge, ex-sénateur et ex-premier ministre anglophone, membre du parti au pouvoir, qui n’arrive pas à s’imposer comme l’émissaire de Paul Biya dans son fief du Sud-Ouest.


Le feu couve sous la cendre


Le sentiment vendu au public est que l’élite politique anglophone ne fait rien pour stopper la crise et réconcilier les manifestants du Nord-Ouest et du Sud-Ouest avec leur pays, que celle-ci préfère se cloitrer dans les bureaux feutrés et climatisés des ministères et autres administrations étatiques, du Sénat, de l’Assemblée nationale et d’entreprises publiques à Yaoundé et Douala. Entre temps, le feu couve sous la cendre en zone anglophone. Dans certaines localités, un mouvement sécessionniste menace les autorités administratives, comme à Ekona où il aurait hissé le drapeau de l’Ambazonie, une entité qui regrouperait les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, à la chefferie de cette localité et dans un commissariat. Ce mouvement qui regroupe des hommes, femmes et enfants a annoncé vouloir intensifier les opérations de « ville morte » et fermer des écoles jusqu’au moment où « tous ceux qui sont encore en détention seront libérés ». Certains tracts, abondamment relayés, donnent froid dans le dos : « Envoyez votre enfant à l’école et vous recevrez en retour sa dépouille à votre domicile ». L’école est prise en otage, des parents ont opté pour l’envoie de leurs enfants dans les villes comme Yaoundé et Douala où ils pourront s’instruire normalement. Les services de renseignements enquêtent toujours sur une cache d’armes découverte au début du mois d’août, que les autorités ont imputée aux sécessionnistes anglophones. Fusils semi-automatiques, appareils de vision nocturne avec télémètre laser, lunettes de tir, épiscope de tir avec blindage, bipieds et trépieds pour arme de précision, chargeurs pour fusils d’élite, tubes containers à charge explosive, produits chimiques… L’arsenal détaillé par le gouvernement glace le sang. Deux bombes artisanales ont explosé récemment à Bamenda. Le 4 septembre, des échauffourées opposaient encore des populations aux forces de l’ordre – officiellement intervenues pour interpeller des trafiquants de drogue à Kumba, dans le Sud-Ouest. Deux personnes, dont un mineur, y ont été tuées par balle par les gendarmes. Deux victimes de plus imputées par les villageois à ce qu’ils considèrent comme une répression du pouvoir de Yaoundé. Il faut faire quelque chose. Et vite.

Source: Défis actuels

Dernière modification le jeudi, 28 septembre 2017 12:23

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