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Etat de la presse : Une Ong fait le procès de la loi anti-terroriste et du Cnc Spécial

Le rapport du Comité pour la protection des journalistes publié ce 20 septembre dénonce la loi antiterroriste et le jeu «assassin» de l’organe dirigé par Peter Essoka.


«Journalistes, pas terroristes : Au Cameroun, la législation anti-terroriste est utilisée pour imposer silence aux opposants et réprimer la dissidence». Le titre est assez révélateur du contenu d’un rapport du Comité pour la protection des journalistes (Cpj) rendu public ce 20 septembre 2017. Et les chercheurs n’ont pas tardé à découvrir une réalité que les pouvoirs publics cachaient à peine. «Outre la détention des journalistes, les autorités ont mis au ban les organes de presse réputés bienveillants à l’égard des manifestants anglophones, coupé l’internet dans les régions où avaient lieu les manifestations, et ont empêché les observateurs externes tels que le Cpj d’entrer au Cameroun en retardant le processus d’obtention des visas», lit-on dans le rapport. Une sorte de résumé de la situation rapportée par les rédacteurs du rapport.


C’est le procès de la loi antiterroriste de décembre 2014 qui est organisé dans ce document signé d’Angela Quintal, coordinatrice du programme Afrique du Cpj et Jonathan Rozen, associé de recherche pour l’Afrique au Cpj. Laquelle, promulguée dans le cadre de la guerre contre la secte islamiste Boko Haram, trouve un terreau fertilisée par un régime déjà liberticide aux yeux de nombre d’organisations non gouvernementales internationales, avec des manifestations politiques et de la société civile sinon interdites du moins régulièrement réprimées. Puis la crise dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest en a rajouté aux tensions sociales et politiques déjà quasi-quotidiennes. «Le Cpj a constaté que les autorités se servent de cette loi contre des journalistes comme Abba, qui font des rapports sur les militants, et contre d’autres qui ont fait des reportages sur les troubles survenus dans les régions anglophones du Cameroun ou qui critiquent l’administration», lit-on . Dans un environnement d’absence de confiance entre le régime et une presse nombreuse, mais qui peine à afficher un visage homogène et reluisant, quelques confrères peuvent se laisser aller à des contributions à la limite du subjectif. «Honnêtement, au Cameroun maintenant, la plupart d’entre nous qui sommes dans les médias privés n’avons que la liberté de rapporter ce que le gouvernement souhaite voir», affirme un propriétaire de journaux cité par le rapport. En fait, «l’administration Biya veut éviter une situation comme celle du Nigéria où les journalistes ont couvert les activités de Boko Haram sans que le gouvernement puisse « contrôler la narration», affirme Jeffrey Smith, directeur exécutif de Vanguard Africa, une Ong basée aux États-Unis, qui prône la bonne gouvernance et les élections justes en Afrique.

Supprimer le Conseil National de la Communication 


Très vite, le rapport trouve de l’espace pour la défense d’Ahmed Abba, correspondant de Rfi en langue Haoussa. Ainsi que quatre autres journalistes au tribunal militaire sous le coup de la loi antiterroriste. Le Conseil national de la communication (Cnc) y joue une partition importante. Le rapport relève la pléthore de sanctions imposées prises à la seule date du 6 décembre 2016, «notamment des suspensions allant d’un à six mois et des interdictions frappant 14 éditeurs et leurs journaux, un directeur général de station de radio et 15 journalistes travaillant pour 10 journaux imprimés et en ligne, stations de radio et chaînes de télévision», souligne-t-on. Leur faute, «avoir diffusé des rapports qui, selon le Conseil comprenaient « des allégations non fondées, offensantes et perfides», rapporte la Cpj.


Du coup, dans ses recommandations, la Cpj souhaite voir le gouvernement «supprimer le Conseil National de la Communication et mettre en place un nouvel organe de régulation indépendant doté de pouvoirs strictement définis, selon le même schéma que la Federal Communications Commission (Commission fédérale des communications) aux États-Unis». Par ailleurs, elle sensibilise les journalistes locaux à créer des structures d’autorégulation sans ingérence du gouvernement, souhaite «que la loi anti-terroriste camerounaise se conforme aux normes internationales relatives aux droits de l’homme et mettre fin au recours aux tribunaux militaires et à la peine de mort dans les procès concernant des civils». Et surtout demande la libération de tous les journalistes incarcérés dans le cadre de l’exercice de leur métier.

Dernière modification le mercredi, 20 septembre 2017 15:15

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