samedi 21 octobre 2017
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Sérail : Que devient le clan Biya ? Spécial

Le vide semble gagner du terrain autour du chef de l’Etat qui perd d’année en année des proches et fidèles lieutenants de ses premières années de pouvoir. Du sultan Mbombo Njoya au vice-Premier ministre, Amadou Ali, en passant par Jean Kuete, Foumane Akame, René Owona, Omgba Damse, Charles Doumba… la troupe s’est amoindrie. Qui sont-ils ? Et surtout, que sont-ils devenus ? Enquête.

Ibrahim Mbombo Njoya : Le faiseur de présidents

S’il est l’un des acteurs ayant permis à Ahmadou Ahidjo de ravir le pouvoir à André Mbida en 1958, il aura aussi été pour beaucoup, dans l’échec du projet de démission collective des ministres musulmans et originaires du Grand Nord en 1983. Lui qui a (presque) tout eu de l’exprésident, retournait en fin stratège, sa veste, pour servir les intérêts d’un Paul Biya qu’il appelle affectueusement « mon ami ». Ayant mis à contribution son père, qui va harceler et convaincre Ahidjo afin qu’il abandonne son projet, le roi des Bamouns rentre définitivement dans les bonnes grâces du nouveau président qui venait d’éviter un naufrage. Et en guise de récompense, il est successivement fait ministre de la Jeunesse et des Sports, de l’Information et de la Culture (1986- 1988), de l’Administration territoriale (1988-1990) et à nouveau de la Jeunesse et des Sports en 1990. Sorti du gouvernement après la mort de son père en 1992, il devient sultan, mais garde sa posture de confident privilégié auprès de Paul Biya qui le nomme sénateur en 2013 et le maintient au bureau politique du parti au pouvoir.

 Jean Kuete : L’ami de longue date

Paul Biya a fait sa connaissance à la primature. A l’époque, Jean Kuete était son directeur des Affaires économiques et Techniques (1975), avant de devenir son conseiller technique (1977). Depuis, les deux hommes se sont noués une amitié longue de 40 ans. Une relation qui fait dire à certains observateurs que l’actuel secrétaire général du Comité central du Rdpc est l’un des rares membres du système à n’avoir jamais connu de disgrâce. Pour preuve, sa nomination au poste de SG du Comité central du parti au pouvoir est intervenue - chose jusque-là inédite - Concomitamment avec sa sortie du gouvernement, où il occupait depuis le remaniement ministériel du 7 septembre 2007, les fonctions de vicepremier ministre chargé de l’agriculture.

Jean Foumane Akame : Le « vrai » Garde des Sceaux ?

L’actuel conseiller judiciaire du président de la République et secrétaire du Conseil supérieur de la magistrature a été sous Ahmadou Ahidjo, secrétaire général du ministère de la Justice, puis Chancelier de l’ex-université fédérale. Il rentre dans le cercle fermé de Paul Biya après un passage éclair au gouvernement où il a occupé les fonctions de ministre de l’Administration territoriale (1983- 1984). Depuis, le chef de l’Etat le garde à ses côtés. Jean Foumane Akame serait d’ailleurs selon certaines indiscrétions, le « véritable » Garde des sceaux et le conseiller attitré de Biya sur tous les sujets ayant une connotation judiciaire. Au point d’être considéré comme la véritable tête pensante de l’Opération épervier.

Général Ivo Desancio : Le conseiller en sécurité  

De p u i s le coup d’Etat manqué du 06 Avril 1984, le directeur de la séc u r i t é prés ident iel le (DSP) suit Paul Biya comme son ombre. Diplômé de l’Emia et de l’école des officiers de gendarmerie de Verdun en France, le Général Ivo Desancio Yenwo jouit de la confiance indéfectible et de l’attention du chef de l’Etat. Des langues disent que ce serait à sa d ema n d e expresse que Paul Biya « a procédé à l’abrogation du colonel Melingui Nouma, ex-commandant en second de la DSP, pour insubordination à son égard ».

Joseph Charles Doumba :L’architecte du régime Biya

Ministre chargé de mission à la présidence lors du départ d’Ahidjo – dont il était par ailleurs l’un des confidents – cet administrateur civil rebondit auprès du nouveau président, où il devint l’un des ministres et l’un des conseillers les plus influents. Il avait la classe politique à ses pieds. Grand manoeuvrier, fin connaisseur de la géopolitique « ethnique » du pays, il a été l’un des architectes du régime Biya. Il murmurait à l’oreille du président, révélait des talents ou les étouffait, suscitait des promotions ou brisait des carrières. Mais en 2006, ses « ennemis » eurent raison de lui, en obtenant sa mise à l’écart d’un système qu’il avait contribué à façonner. Il n’a pas reapparu jusqu’à son décès, le 5 mars dernier, à l’âge de 82 ans.

Henri Omgba Damase :Le milliardaire de Nsimeyong  

L’homme d’affaires a été pour le chef de l’Etat, l’un des visiteurs du soir les plus influents. Sulfureux intermédiaire de l’ombre, sa complicité avec Paul Biya reposait en partie sur des goûts communs, comme leur passion pour les Jaguar. Or il décède le 7 mars 2013, à 76 ans, avec tous ses secrets, oublié par un président qui l’avait rayé de son carnet d’adresse. Les deux hommes s’étaient en effet brouillés lorsque le « milliardaire de Nsimeyong » décidait de soutenir Victor Ayissi Mvodo, l’un des adversaires de Biya, qui préparait une candidature à la présidentielle. Lui, Henri Omgba Damase, dont la fréquentation de sa somptueuse propriété de Yaoundé était dans les années 1990 le meilleur tremplin pour accéder au gouvernement. Tenez, son neveu, Séraphin Fouda, est aujourd’hui secrétaire général à la Primature (Sgpm).

 François Sengat Kouo :L’idéologue du Rdpc

Serviteur docile du président Ahidjo qui l’a fait en son temps, chargé des Affaires culturelles et commerciales, puis directeur du Cabinet du ministre des Affaires étrangères en 1960 et enfin, secrétaire général adjoint à la présidence en 1968, François Sengat Kouo est celui qui aura donné le ton pour la convocation d’un Congrès extraordinaire de l’Union nationale camerounaise (UNC), visant la déchéance de l’ex-chef d’Etat. La manoeuvre a réussi ; puisque, 48h plus tard, Ahidjo annonçait sa démission de son poste de président de l’UNC, pour laisser toute la place à Paul Biya. En guise de récompense, Sengat Kouo est nommé secrétaire politique du Rdpc à Bamenda en 1985. C’est lui qui organisa le passage de l’UNC au Rdpc. Il est chargé d’habiller le parti d’un manteau neuf, en lui donnant des structures nouvelles. Il crée rapidement un groupe avec lequel il rédige les premiers statuts, règlement intérieur et conçoit le logo du parti. Mais le stratège politique de la transition qu’il était devient rapidement un pestiféré. Le 11 juillet 1990, Ebenezer Njoh Mouellé, devenu conseiller à la présidence de la République est nommé secrétaire général du Rdpc, poste créé. Sengat Kouo quitte le parti dont il a été l’un des plus grands idéologues en lançant un cri : « la vermine est dans le fruit ». Il décède en septembre 2007 après avoir été pendant quelques années Conseiller de l’opposant Ni John .

Titus Edzoa : L’ambitieux qui osa défier le Roi

En septembre 1981, jeune chirurgien formé en Italie, Titus Edzoa opère avec succès la soeur de Paul Biya, alors Premier ministre, et devient vite un habitué de sa résidence. Lorsque Biya devient président de la République un an plus tard, en 1982, Edzoa prend ses quartiers au palais et ne lui ménage pas son dévouement. Ce qui lui vaudra plusieurs postes au gouvernement. D’abord ministre chargé de mission à la présidence. Puis, tout puissant Sgpm (1994). Parmi les rares personnes habilitées à chuchoter à l’oreille du président, il gère tous les grands dossiers de l’Etat. Mais l’influence grandissante de cet « ambitieux trop sûr de lui » fini par contrarier des proches de Biya qui obtiennent sa mise à l’écart, avec un portefeuille de ministre de la Santé, en 1996. Mécontent, il démissionne le 20 avril 1997, et annonce sa candidature à la présidentielle d’octobre. Ce fut le divorce entre lui et Biya. Il sera alors condamné à quinze ans de prison pour détournement de 350 millions de francs CFA, puis à vingt autres années en 2012 pour tentative de détournement de 61 milliards. Avant d’être gracié en février 2014, après 17 ans passés dans les geôles du Secrétariat d’Etat à la défense (SED).  

Ferdinand Oyono : L’éternel et fidèle vieux nègre  

Le parcours politique de l’écrivain et exministre, Ferdinand Léopold Oyono, révèle la richesse d’une personnalité résolument engagée auprès du chef de l’Etat, au sein du Rdpc et dans la construction de la politique intérieure et extérieure du pays. Deuxième à être nommé au poste de Sgpr sous l’ère Biya en 1985, il devient très vite un diplomate remarqué et remarquable. Proche conseiller du chef de l’Etat, il a été –de son vivant- de tous les Congrès et de toutes les campagnes électorales. Sa présence dans les instances pensantes et dirigeantes de la politique intérieure du pays faisait de lui, l’un des privilégiés des diners au palais d’Etoudi d’où il a été victime d’un malaise le 10 juin 2010. Ce jour où il décède, à 81 ans.

René Owona : Le très influent conseiller économique

Intime parmi les intimes de Paul Biya dont il fut le témoin à son remariage en avril 1994 avec Chantal Vigouroux, René Owona était chargé des « affaires réservées » de l’Etat comme de la famille Biya. Même s’il le connaissait déjà à titre privé, Biya, alors Premier ministre, l’appelle à ses côtés comme directeur des Affaires économiques et Techniques en 1981. Mais il est mis sur la touche en novembre 1992, après deux ans à la tête du ministère du Développement industriel. Or le chef de l’Etat, qui lui a conservé sa confiance, en fait officiellement en 1994, son conseiller spécial chargé des questions économiques. Il vit désormais au quotidien dans l’ombre du chef de l’Etat. Fidèle, courtois, affable et disponible, il est nommé en 1997, secrétaire général adjoint à la présidence. Bien que troisième dans la hiérarchie, son intimité avec le président le conduit à donner des avis décisifs sur tous les dossiers sensibles. Ses attributions débordent aussi sur la sphère privée : ses connaissances en agronomie s’avérant précieuses pour le « président-planteur », propriétaire de vastes champs d’ananas et de poivrons. Il était pour Biya l’administrateur rêvé, capable de faire fructifier son « or vert ». Il décède le 27 octobre 2004.

Pierre Semengue : Le Général « héros » du 6 avril 1984

La courbe de ses promotions suit celle des événements politiques au Cameroun. Sous Ahidjo, il est promu capitaine, alors qu’il est nouvellement diplômé de l’école militaire de Saint-Cyr, en France (en même temps que l’ancien président tunisien, Ben Ali). En 1961, lors de la réunification des deux Cameroun, il est promu à la tête de l’armée avec le grade de chef de bataillon après avoir lutté contre une rébellion dans la zone d’Édéa. Il devient ensuite Général en 1973 et découvre, en août 1983, un « complot contre la sûreté de l’Etat ». L’histoire -qu’on raconte- retiendra qu’il aura organisé avec des soldats loyalistes, la résistance lors du putsch manqué du 6 avril 1984. Depuis, il a toute l’attention et les faveurs de Paul Biya qui a fait de lui, le premier président de la Ligue de football professionnelle du Cameroun où il vit tranquillement sa retraite.

Gilbert Andzé Tsoungui : Le chasseur des maquisards  

Après avoir au lendemain de l’indépendance, réduit l’UPC au silence dans l’ensemble du territoire, Gilbert Andzé Tsoungui se range du côté de Paul Biya dès le 2 novembre 1982. Il hérite le 13 avril 1983, du siège de ministre de la Justice, à 53 ans. Un département sensible. Un complot contre l’Etat vient d’être démantelé. Et moins d’un an après, le putsch manqué du 6 avril 1984 éclate. Biya le botte en touche en août 1985, avant de le ramener aux affaires en avril 1989 pour occuper le poste de Délégué général à la Sûreté nationale (Dgsn). C’est sous son mandat que la police tire à bout portant sur les manifestants de mai 1990 à Bamenda. Le « chasseur des maquisards » quitte ensuite la Sûreté nationale pour l’Administration territoriale. C’est lui qui doit organiser les élections de 1992. D’aucuns diront qu’il a volé la victoire de Fru Ndi à la présidentielle, pour l’offrir à Biya. Parce qu’après ce scrutin, il est nommé vice-Premier ministre chargé de l’Administration territoriale. Sa gestion des élections municipales de janvier 1996 et des législatives de 1997 est fortement contestée. Mais il réussit à ramener son village Nkolondom qui appartient au département de la Lékié, dans celui du Mfoundi. Une mutation qui permet à son fils Emile Andzé Andzé de devenir maire de Yaoundé 1er jusqu’à ce jour. Administrateur amoureux du pouvoir, il est nommé à sa retraite, membre du Conseil supérieur de la magistrature. Avant de décéder des suites de maladie à Bruxelles en avril 2007, à 77 ans.

Amadou Ali : Le fidèle collé à la peau de Biya

Il détient le record de longévité dans la haute administration, depuis l’avènement de Paul Biya en 1982. Comme s’il était celui en qui le chef de l’Etat a mis sa plus grande confiance. Sa carrière le démontre à suffisance. Il passe tour à tour aux postes de délégué général au Tourisme (1982-1983), délégué général à la Gendarmerie nationale (1983-1985), avant d’être nommé Secrétaire d’Etat à la Défense (SED) chargé de la Gendarmerie nationale de 1985 à 1996. Enchaînant les promotions, il devient en 1996, Secrétaire général de la présidence de la République avec rang et prérogatives de ministre, cumulativement avec ses fonctions de SED. Il est ministre d’Etat délégué à la présidence chargé de la Défense de 1997 à 2001 puis ministre d’Etat, chargé de la Justice, Garde des Sceaux de 2001 à 2004. Le 8 décembre 2004, il est nommé vice-Premier ministre, tout en restant ministre de la Justice, Garde des Sceaux. Il devient le 9 décembre 2013, vice-Premier ministre, délégué à la présidence chargé des Relations avec les Assemblées. Il demeure, de ce qu’il reste du clan Biya, celui qui possède le CV le plus garni.

Albert Cherel Mva : Le confident le plus discret  

Il faisait partie des intimes parmi les plus intimes du chef de l’Etat. Contrairement à d’autres, il n’a jamais occupé de fonctions officielles dans la hiérarchie étatique. Il a pourtant toujours été aux côtés de son « frère » Paul Biya, depuis sa prise de pouvoir en 1982. Une véritable éminence grise du régime pouvant souffler un mot à son mentor dans quelque dossier que ce soit et obtenir une suite favorable. Sa discrétion est restée totale jusqu’à sa disparition le 15 octobre 2008 à Paris, de suites de maladie.

Jacques Fame Ndongo : La « créature » qui s’assume

De tous les lieutenants de Paul Biya, il est sans doute celui qui se conforte le plus dans sa posture de « créature » du chef de l’Etat. Il l’a lui-même avoué en avril 2010 : « nous sommes tous des créatures ou des créations du président Biya », dixit Jacques Fame Ndongo. Une manière peut-être aussi de rappeler au chef de l’Etat qu’il lui doit tout. Lui qui le nomme chargé de mission au sein du Cabinet civil de la présidence de juillet 1984 à octobre 1998. Avant de lui ouvrir la porte à son gouvernement où il a occupé les postes de ministre la Communication (2000 – 2004) et de l’Enseignement supérieur (depuis décembre 2004).  

Dernière modification le jeudi, 03 août 2017 13:00

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