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Martin Eyebe Soppo, expert financier :« Le FMI n’a pas à réformer la SNH »

  • jeudi, 27 juillet 2017 10:23
  • Écrit par  Chamberline Moko

Dépenses non-budgétisées de la SNH par le gouvernement, manque d’information sur les recettes pétrolières engrangées, prescriptions du FMI au sujet de la SNH... L’ancien cadre à la Bourse de Paris analyse.

Dans le programme économique et financier du Cameroun conclut avec le FMI, l’institution financière indique que le gouvernement ne budgétise pas certaines de ses dépenses directes effectuées par la Société nationale des hydrocarbures (SNH) sous le couvert des dépenses de souveraineté. Comment comprendre cela ?

 Effectivement, le gouvernement du Cameroun a des sociétés qui peuvent détenir des fonds de souveraineté à l’instar de la Société nationale des hydrocarbures (SNH), de la Caisse autonome d’amortissement (CAA), de la Caisse nationale de prévoyance (Cnps)... Dans sa stratégie, le gouvernement du Cameroun peut très bien décider que ses revenus pétroliers vont alimenter un fonds de souveraineté dans les comptes des sociétés citées plus haut.

Le FMI demande au gouvernement de désormais prendre en compte dans le budget de l’Etat les dépenses de la SNH, ce qui ne se faisait pas avant, quel est le bien-fondé d’une telle mesure ? Que peut-elle apporter au plan budgétaire ?

Le FMI n’a pas à donner des instructions au gouvernement du Cameroun. Le Cameroun étant un partenaire qui cotise au FMI au même titre que d’autres pays, il ne peut donc que recevoir les avis et non les instructions. Il est fort possible que la stratégie du gouvernement soit de renforcer ses capacités en mobilisant des réserves pour améliorer sa situation budgétaire. C’est l’une des techniques que peut utiliser un Etat souverain qui par concertation peut avoir des conseils (rôle que devrait jouer le FMI). C’est comme si vous avez l’argent déposé dans une banque et que le banquier vous instruit sur les utilisations et usages de votre argent.

L’on a aussi appris qu’en réalité ce n’est pas le budget de l’Etat qui supporte la guerre contre Boko Haram mais celui de la SNH, quel est votre commentaire à ce propos ?

Vous avez bien posé la question de la souveraineté. La question à se poser serait la suivante : le gouvernement a-t-il le droit ou non d’utiliser des fonds de souveraineté pour combattre un fléau qui est d‘actualité dans le monde entier ? Comme vous la savez la guerre contre le terrorisme est d’actualité en Europe, aux Etats-Unis... qui combattent le terrorisme sur toutes ses formes. Pourquoi cela devrait-il poser un problème au FMI que le Cameroun utilise les fonds de souveraineté à cet effet. C’est là toute la question.

Ne croyez-vous pas qu’il serait intéressant pour les camerounais de connaitre où vont chaque franc du pétrole étant donné que les caisses sont actuellement vides ?

Certainement c’est une approche qui incombe à l’Etat. A mon avis c’est du domaine public dans un cadre conventionnel. Par ailleurs, le fait que les caisses soient vides n’est pas uniquement une histoire de pétrole, pour moi ce serait une adéquation entre la masse critique de l’argent, l’offre et la demande interne de circulation des biens.

Le Cameroun est-il le seul pays producteur à être concerné par cette opacité autour de ces recettes pétrolières ?

Je ne pense pas que le Cameroun soit le seul pays concerné par ce type de gestion. D’autres pays peuvent utiliser des méthodes différentes en fonction des positions géostratégiques qu’ils occupent. J’entends par là, que la plupart des pays africains ont connu des baisses drastiques sur les ventes pétrolières, au même rythme, les autres pays du Golfe ou des Amériques ont eu des incidences moindres justement parce qu’ils avaient des positions géostratégiques différentes. Je m’explique. Le premier producteur et le premier consommateur mondial de pétrole sont les Etats-Unis, pourtant ils n’ont pas connu la même incidence ou du moins ils ont maitrisé cette incidence parce que ce pays a pu au même titre que les autres pays du golfe couvrir des variations du taux du dollar sur les marchés à termes de marchandises, position que les pays africains n’ont pas.

 Au final on a comme l’impression que le FMI veut réformer la SNH…

Peut être qu’il faudrait leur confier la gestion de la SNH. Mais on a aucun exemple dans le monde où le FMI a été gestionnaire de quoi que ce soit. Pourquoi la SNH devrait-elle être le premier exemple?

Quelles incidences ces dépenses non-budgétaires peuvent-elles avoir sur le développement ?

Un déséquilibre, si elles ne sont pas maitrisées. Justement la technique qui sous tend la stratégie du gouvernement en créant une réserve pourrait permettre de contrôler la cadence réelle de l’offre et de la demande des biens et services dans l’économie nationale. Le fonds de réserve transparent pouvant alors être un des régulateurs qui permettrait de pallier aux insuffisances budgétaires.

Dernière modification le jeudi, 27 juillet 2017 10:31

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