mercredi 20 septembre 2017
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INTERVIEW : Isaac Tamba, Dg de l’Economie au Minepat Spécial

« Grâce au Dsce, la croissance est sur la bonne voie »

Le professeur agrégé d’économie clarifie certains aspects du Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi, qui ont donné lieu à polémique ces dernières semaines.

Vous avez assisté à la dédicace de l’ouvrage « Le Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (Dsce), comment atteindre la croissance à deux chiffres ? » le 10 mai dernier à Yaoundé. Comment est-ce que vous avez accueilli cet ouvrage ?

J’ai accueilli cet ouvrage avec beaucoup de satisfactions. Toute oeuvre. Toute une contribution, qui peut aller dans le sens de nous remettre en cause, de nous questionner est toujours la bienvenue. Le ministre de l’Economie et ses collaborateurs sont dans des dispositions idoines pour échanger et discuter comme c’était le cas lors de la dédicace de cet ouvrage. Nous avons été invités, le ministre y était présent, il avait lu comme moi également l’ouvrage en question, et il a partagé une partie de ses réactions avec l’auditoire qui était présent. Nous sommes satisfaits. Mais nous n’avons pas malheureusement beaucoup de contributions de ce type, que ce soit dans le milieu universitaire, que dans la société civile ou au sein de l’opinion publique. Les réactions que nous avons habituellement viennent de nos partenaires techniques et financiers que sont la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, l’Union européenne… Pour le cas d’espèce, nous avons des Camerounais qui réagissent par rapport à une offre de politique publique qui est contenue dans le Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (Dsce). Toutefois, il y a des aspects dans ce livre qui sont mal compris par les auteurs de cet ouvrage.

Etes-vous d’avis, comme le pensent ces auteurs qu’au vu des contraintes actuelles que traversent le Cameroun qu’il faille revoir à la baisse les ambitions du Dsce ?

Le livre était une évaluation partielle du Dsce, parce que ce document est plus complexe. Le Dsce c’est trois grandes dimensions. La première dimension c’est la stratégie de croissance, la deuxième c’est la stratégie de l’emploi et la troisième dimension c’est la gestion stratégique de l’Etat. Ce sont ces trois grandes dimensions qui forment un tout et les objectifs du Dsce doivent se comprendre en termes de ces trois dimensions. Les auteurs de l’ouvrage se sont arrêtés à la première dimension, le volet croissance et ils se sont contentés des cinq axes qui structurent ce volet. Sur ces cinq axes, ils se sont contentés d’en étudier deux, notamment l’axe portant sur la modernisation de l’appareil de production, encore que là aussi ce fût partiel, et ensuite l’axe sur l’intégration régionale et la diversification des échanges. Les auteurs de cet ouvrage avaient une vue parcellaire du Dsce, ils se sont uniquement contentés de la première dimension et même dans cette première dimension ils n’ont effleuré que les questions qui de notre point de vue sont secondaires.

Qu’est ce qui à votre avis devait être considéré comme primordial dans le Dsce ?

Il y a une traduction entre la pensée et la pratique dans le Dsce. En ce qui concerne l’axe stratégie de croissance, il faut savoir que ce n’est pas anodin qu’on ait placé cet axe en premier sur ce volet. Justement, le premier axe stratégique du volet croissance du Dsce porte sur les infrastructures. Nous avons atteint les niveaux de croissance qui font du Cameroun un pays résilient grâce à cet axe sur les infrastructures. En 2017 les infrastructures représentent 67 % du budget de l’Etat. Cela a toujours été le cas depuis 2010. C’est une option volontariste, délibérée du gouvernement camerounais d’aller dans le sens du développement des infrastructures à la fois pour combler les gaps qui sont les nôtres, gap accumulés pendant les deux décennies d’ajustement structurel. Le fait d’avoir choisi dans l’axe des infrastructures d’acter nos actions pendant ces sept premières années sur la question de l’énergie est fondamentale. C’est vrai que les questions de délestages ne sont pas totalement résorbées. Nous aurions souhaité que l’action du gouvernement dans le développement des infrastructures fasse l’objet d’un regard extérieur, cela nous aurait permis de nous questionner dans la perspective des projets dits de deuxième génération qui sont en cours de réflexion au niveau du ministère de l’Economie. Ce dont il est question dans le premier axe stratégique ce sont les projets de première génération. Nous aurons accueilli favorablement une critique constructive visant à nous renseigner sur les méthodes que nous avons utilisées, sur les choix sectoriels qui ont été les nôtres, sur les modes de financement choisis afin que, lorsque nous préparons les projets dits de deuxième génération au ministère de l’Economie, nous puissions avoir un regard extérieur. C’est vrai que nous avons fait une évaluation des projets dits de première génération, nous savons où nous avons butés, là où il faut mieux faire, mais ca aurait été utile d’avoir un autre regard.

L’ouvrage en question remet en cause la théorie du « Big push » contenue dans le Dsce qui consiste à propulser le développement dans tous les secteurs au même rythme et au même moment. Qu’avezvous à répondre à ce sujet ?

Ce n’est pas le cas… Nous avons acté notre action sur les infrastructures. 63 % des dépenses d’investissements contenus dans le budget 2017 sont consacrés aux infrastructures, et le deuxième secteur en termes de proportion, en termes d’importance budgétaire c’est le secteur du commerce, c’est-à-dire la modernisation de l’appareil de production qui est le deuxième axe stratégique du Dsce et qui vient avec moins de 9 %. Les autres secteurs, il y en a sept dans le Dsce, ont pratiquement, 1 %, 2 %. Il n’y a pas de dispersion mais plutôt une concentration des efforts vers un secteur qui nous semble critique à savoir celui des infrastructures.

Avec les différents chocs pétroliers, sécuritaires que le Cameroun a connu ces dernières années ne fallait-il pas arrêter pour un moment avec les infrastructures pour réorienter les actions vers les secteurs prioritaires devant nous permettre d’atteindre les objectifs fixés dans le Dsce ?

Nous sommes en cohérence avec la poursuite de nos objectifs. Le ministère de l’Economie c’est le ministère du secteur privé. Depuis 2010 jusqu’en 2017 nous avons mis l’emphase sur l’investissement privé. Lorsque nous lancions le Dsce en 2010, nous avions un taux d’investissement public par rapport au budget de l’Etat qui tournait autour de 17, 18 %. Aujourd’hui nous sommes à plus de 36 %. Nous avons pensé qu’il fallait d’une part tenir l’objectif de croissance et du fait de la lenteur de la réaction du secteur privé, nous avons pensé que l’Etat devait prendre l’action d’impulser la croissance qui sera par la suite relayée par le secteur privé. Pour que le secteur privé relaie cet effort de croissance, il faut créer des conditions idoines. Nous n’avons pas inventé la roue, nous nous sommes inspirés des faits des pays de l’Asie du Sud Est qui ont emprunté ce même chemin comme nous le faisons depuis 2010. Aujourd’hui le Cameroun est un pays envié en termes de croissance. Dans les autres pays de la sous-région, le taux de croissance est estimé à environ 1 %, mais le Cameroun malgré tout est aux alentours de 4 %. En 2016, nous avions 4,7 selon les dernières statistiques produites par l’Institut national de la statistique. Lorsque nous investissons à Lom Pangar, Mekim, Memve’ele… c’est pour mettre l’énergie à la disposition des entreprises privées et faire en sorte que d’ici 2018 voire 2019, à l’horizon du programme triennal nous infléchissons l’investissement public. Nous sommes conscients que nous n’allons pas continuer cet effort d’investissement dans le secteur des infrastructures pendant plus de dix années. Nous sommes conscients que dans les deux voire trois années à venir, nous allons trouver d’autres leviers pour la croissance au Cameroun. Le plus simple et le plus rentable économiquement parlant c’est l’investissement privé. Nous sommes à l’écoute du secteur privé, nous lui apportons notre appui, notre accompagnement. Le ministre de l’Economie a même décidé de mettre en place une politique d’appui direct au secteur privé afin de leur permettre de tenir ce challenge de 2019. Les choix stratégiques, sectoriels faits au niveau du Dsce n’étaient pas de la dispersion. Les infrastructures vont demeurer notre priorité jusqu’en 2019. Nous allons entrer en programme avec nos partenaires et dans le cadre du dialogue politique avec ses partenaires nous nous sommes assuré que cette option du gouvernement camerounais va demeurer pendant la durée du programme.

L’une des plus grosses craintes au sujet du Dsce a été la mobilisation des financements. Où allons-nous trouver les ressources pour réaliser ce vaste programme contenu dans le Dsce surtout que l’accès aux capitaux n’est pas évident ?

Le Plan d’urgence triennal qui a été décidé par le chef de l’Etat en 2014 était déjà une réponse d’ajustement afin de nous remettre sur le sentier qui était celui du Dsce. Nous sommes conscients des difficultés que connait notre pays depuis 2014, nous savons que nous faisons face à des vents contraires qui sont loin de s’estomper en 2017. Mais en termes de financements, nous avons des alternatives au financement extérieur. Dans le cadre du dialogue stratégique que nous avons actuellement avec nos partenaires, il y a une offre de financements en contrepartie du programme que nous allons mettre en oeuvre. Le gap de financement, (je ne vous donne pas les chiffres, ils sont sous embargo) qui a été décidé de concert avec nos partenaires pour 2016 sera totalement résorber entre 2017 et 2019. Nous perdons c’est vrai en raison de ces vents contraires, mais parce que nous acceptons par solidarité d’enter en programme avec les autres pays de la Cemac, nous aurons une bouffée d’oxygènes de ce coté là. En octobre 2016 lorsque le ministre des Finances a lancé l’emprunt obligataire auprès de l’épargne national, nous avons récolté 175 milliards de francs CFA sur les 150 milliards qui étaient attendus pour financer nos grands projets inscrits dans le BIP 2016. Chaque fois que nous lançons un emprunt obligataire, nous en avons toujours plus, ce qui signifie qu’il y a de la liquidité, une épargne nationale qui n’attend que des occasions d’investissement. Nous réfléchissons sur la possibilité de mieux valoriser cette épargne dans le financement de l’économie nationale. Les ressources locales contribuent au financement de notre développement, ce qui profite aux épargnants qui sont locaux.

Tous les emprunts obligataires de l’Etat ont été sursouscrits, mais nous avons vu l’Etat aller l’année dernière sur le marché international mobiliser 450 milliards de francs CFA. Avez-vous l’impression que le gouvernement utilise assez le marché sousrégional et la bourse de Douala ?

La bourse de Douala est sous capitalisée. Nous sommes justement en train de travailler de concert avec le ministère des Finances pour donner de la vie à cette bourse. Il y a seulement quatre actions qui sont cotées dans cette bourse que ce soit le compartiment des actions ou encore celui des obligations. Nous comptons davantage sur la capacité de mobilisation de l’épargne des Camerounais. La question que vous posez sur l’emprunt obligataire nous prouve qu’il y a des leviers que nous n’avons pas suffisamment exploités. Si vous regardez ce qui se passe ailleurs, vous vous rendrez compte que les délais sont souvent plus éloignés mais chez nous c’était 2016- 2021. Nous rassurons même les épargnants. Nous avons des Camerounais qui disposent des ressources longues et nous voulons négocier avec eux afin qu’ils mettent à notre disposition ces ressources afin que nous puissions desserrer un peu la contrainte du service de la dette. Ce sont des pistes de réflexion que nous explorions. Pour 2017-2019 nous sommes en pourparlers avec nos principaux partenaires qui ont accepté de couvrir le gap que nous avons observé depuis 2015.

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