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DEVALUATION, MONNAIE, RESERVE DE CHANGE, CRISE ECONOMIQUE : Un expert interpelle le gouverneur de la Beac

  • lundi, 03 avril 2017 14:14
  • Écrit par  Numkam Pierre

Ancien cadre supérieur de la Beac, NUMKAM Pierre appele la France en garantie de convertibilité illimitée du Franc CFA pour reconstituer les réserves de change de la BEAC et épargner le peuple d’Afrique Zone Franc des affres d’une dévaluation programmée et imminente de cette monnaie.

J’ai l’honneur de vous saisir par cette lettre ouverte pour me donner davantage de chance pour que vous parvienne le plus urgemment possible la préoccupation que j’y exprime.

Par cette façon de procéder je voudrais prendre l’opinion publique nationale et internationale à témoin des faits que je vais porter à votre haute connaissance. Ils concernent, bien évidemment, ma demande de vous voir faire application de la convention de coopération monétaire qui lie les Etats membres de la BEAC à la France et appeler par conséquent l’Etat Français en garantie de convertibilité illimitée du franc CFA avec l’euro pour reconstituer les réserves de change de la Banque Centrale et épargner notre peuple des horreurs d’une autre dévaluation du Franc CFA. D’une part et, d’autre part, le constat que je voudrais faire avec vous de ce que cette autre dévaluation du Franc CFA qui est imminente a été savamment planifiée avec la complicité active de la France qui la veut pour nous appauvrir davantage et maintenir notre peuple sous servitude(...)

En effet, si à peine vous avez pris la tête de la Beac vous avez pu constater pour le faire dire par les Chefs d’Etat de la Cemac qu’il faut «reconstituer les réserves de change» de la Beac, c’est bien évidemment parce que ces réserves de change sont épuisées, et donc que nous sommes frappés par une crise monétaire aiguë.

Et quand les réserves de change d’un pays ou d’une zone d’émission comme en l’espèce sont épuisées, nous le savons bien, c’est inévitablement la dévaluation de la monnaie dont la couverture extérieure serait ainsi dégradée pour devenir nulle ou inexistante.

Or les données du taux de couverture extérieure de la monnaie dont les réserves de change constituent l’unique élément au numérateur ont été de tout temps faussées. On sait en effet que dans la Zone Franc le taux de couverture extérieure de la monnaie doit être supérieur à 20% et aller toujours aussi loin que possible au-dessus de ce plancher et que, lorsqu’il vient à tendre à effleurer ce chiffre qui est considéré comme étant la ligne rouge à ne pas franchir pour descendre en dessous, il signale à nos Chefs d’Etats que nous sommes menacés d’une cessation de paiements vis-à-vis du monde extérieur tant et si bien que, dès cet instant, les mécanismes qui conduisent à la dévaluation du Franc CFA se mettent en branle. Pourtant, vous allez trouver ci-dessous quelques manipulations auxquelles mes recherches m’ont conduit à découvrir les 15 et 27 janvier 2017 communiqués aux Chefs d’Etat et au public relativement au taux de couverture extérieure du Franc CFA :

- Alors que le taux de couverture extérieure du Franc CFA était de 37,22% au 31 Décembre 2001, le Gouverneur de la BEAC de l’époque communiquait aux Chefs d’Etat et au public un taux fictif de 63,33%, soit une augmentation arbitraire de 26,11points ;

 - Au 31 Décembre 2004, alors qu’il n’était que de 52,51%, il communiquait un taux fictif de 73,8%, soit une augmentation arbitraire de 21,29 points ;

- Au 31 Décembre 2006, alors qu’il était de 110,12%, il communiqua un taux de 94,65%, soit une diminution de 15,47 points ;

 - Au 31 Décembre 2008, ce taux était de 135,02%, mais il communiquera un taux de 101,7%, soit une diminution arbitraire de 33,32 points ;

- Au 31 Décembre 2010 et alors qu’il n’était plus que de 92,75%, il communiquait un taux de 100,25%, soit une augmentation arbitraire de 7,50 points ;

- Au 31 Décembre 2013, il leur communiquera un taux de couverture extérieure du Franc CFA de 97,87% alors que ce taux n’était plus que de 81,64%, soit une augmentation arbitraire de 15,23 points;

- Au 31 Décembre 2015, un taux de 77,10% a été rendu public par la Banque de France alors qu’il n’était plus que de 55,59%, soit un grossissement arbitraire de ce taux à concurrence de 21,51 points ;

- Au 31 Août 2016, ce taux n’était plus que de 36,99%, mais il a été déclaré au public qu’il était «de l’ordre de» 62,70%;

- Etc.

Or de même que le thermomètre ou le stéthoscope se trouve en permanence entre les mains du médecin pour le renseigner sur l’état de ses patients, ou la boussole entre les mains de l’explorateur pour le renseigner sur la direction à emprunter afin de pouvoir arriver à destination, ainsi en est-il du taux de couverture extérieure de la monnaie pour les Ministres des Finances et les Chefs d’Etat des pays du monde entier en ce qu’il les renseigne en permanence sur l’état de santé extérieure de leur monnaie.

 Monsieur le Gouverneur,

Ces chiffres rendus publics, qui sont le corollaire des manipulations opérées tant sur les réserves de change de la CEMAC que sur sa masse monétaire qui sont les deux éléments dont le rapport du premier sur le second exprimé en pourcentage détermine le taux de couverture extérieure de la monnaie, sont assez édifiants pour qu’on n’y fasse plus de commentaire.

Imaginons en effet qu’il soit recommandé à un pilote transportant à bord de son appareil tout un peuple de ne jamais voler qu’au-dessus de vingt (20) mètres au-dessus du sol et qu’il doit surtout et toujours voler le plus haut que possible de cette limite, c’est-à-dire à 100 mètres, 500 mètres, 10 000 mètres, 50 000 mètres, 100 000 mètres, etc. au dessus du sol. La Chine, avant de permettre il y a à peine deux ans que sa monnaie soit faite monnaie internationale n’avait-elle pas inondé les banques et les Etats du monde entier de ses réserves de change, ce qui est assimilable à ce pan de mon image illustrative de la situation que nous traversons pour faire comprendre aux uns et aux autres qu’il n’y a jamais d’excès de réserves de change pour une Banque Centrale dès lors que son objectif est d’en accumuler toujours et toujours, donnant ainsi la preuve de la solidité de son économie et le signe de la puissance de son pays dans le concert des nations. Supposons maintenant que, à peine ce pilote qui sont vos prédécesseurs successifs ait atteint 135 mètres d’altitude (taux de couverture extérieure de la monnaie au 31 Décembre 2008), son appareil commence à perdre de la hauteur mais qu’il affirme lui-même, quelque temps après, qu’il est maintenant à 78,4 mètres au-dessus sol mais se félicite et se glorifie-même de ce que «cette situation demeure confortable» (entendu par rapport à la limite de 20 mètres). En effet, dans le communiqué de presse du Comité de Politique Monétaire séance du 09 Juillet 2015 signé le même jour par Monsieur Lucas ABAGA NCHAMA, son Président et Gouverneur de la BEAC, il est écrit ce qui suit : «Au plan sousrégional, le CPM a relevé que …Ainsi, les prévisions mettent en exergue … une situation monétaire qui demeure confortable, avec un taux de couverture extérieure de la monnaie de 78,4%». «Demeurer confortable» avec un taux de couverture extérieure de la monnaie qui a chuté de 135% à 78,4% ? Que faudrait-il bien dire de ce commentaire, en rire où en pleurer ? En tout cas, alors que les Gouverneurs des Banques Centrales un peu partout à travers le monde entier définissent leurs objectifs par des maxima de réserves de change qu’ils doivent conduire les économies dont ils ont la charge à engranger afin de porter leurs pays vers des sommets toujours plus hauts dans le concert des Nations, le nôtre a défini les siens en matière de réserves de change, et donc de taux de couverture extérieure de notre monnaie, plutôt par des minimas qu’il doit éviter de toucher. On pourrait dès lors se demander si l’on ne se trouve pas dans un cirque où on joue à des clowneries, et quoi donc de surprenant qu’on en soit arrivé, au jour d’aujourd’hui, à chercher maintenantcomment il faut faire pour reconstituer nos réserves de change afin de pouvoir préserver la valeur de notre monnaie et éviter une dévaluation du Franc CFA alors qu’il y a juste quelques années nous étions à un taux de couverture extérieure du Franc CFA de 135%. Revenant en tout cas à mon image, je crois qu’il convient de constater à la lumière des chiffres sus-publiés caractérisant le taux de couverture extérieure de notre monnaie aux différentes dates considérées que ce pilote, planifiant certainement qu’il va faire s’écraser au sol ou dans un océan l’appareil à bord duquel se trouvent des dizaines de millions de personnes avec leurs Chefs, n’a jamais révélé à qui que ce soit l’altitude réelle à laquelle il se trouve tant et si bien que, au moment où il volait à 135 mètres au-dessus du sol il faisait croire à tous qu’il n’était qu’à 101 mètres et lorsqu’il déclarera qu’il est 78,4 mètres au-dessus du sol il n’était plus réellement qu’à 64 mètres du sol. Ce jugement n’a sûrement rien de subjectif, sinon comment comprendre qu’alors que son appareil perd de l’altitude et a chuté de 135 mètres à 78 mètres, soit une perte en valeur absolue de 57 mètres et en valeur relative de 42,22% il ne s’en inquiète guerre, mais qu’au contraire il affirme que sa position demeure confortable alors-même qu’il a perdu le contrôle de son appareil dont il n’a pas relevé le bec et qui continue à plonger.

Monsieur le Gouverneur,

Quelques jours seulement après que vous ayez pris fonction à la tête de la Banque Centrale, vous avez fait décider parla 13ième Conférence ordinaire des Chefs d’Etat de la CEMAC tenue le 17 février dernier en Guinée Equatoriale que l’urgence pour l’heure, dans la sous-région CEMAC, est la reconstitution des réserves de change faute de quoi,

- il faut le dire au peuple pour l’engager à oeuvrer de tout coeur et sans la moindre réserves pour la réussite de toutes mesures qui doivent être entreprises pour permettre la reconstitution de nos réserves de change et les stabiliser, le franc CFA sera encore dévalué pour son plus grand malheur.

Et en fait de reconstitution de ces réserves de change, l’action envisagée par la Conférence des Chefs d’Etat prescrit « le rapatriement des recettes des sociétés multinationales exportatrices et la nécessité pour les Etats de rapatrier leurs avoirs extérieurs, de renforcer la discipline budgétaire et de promouvoir la diversification économique», ce qui restera des actions du domaine économique et financier et par conséquent trop lentes et insignifiantes pour pouvoir casser la chute qui est de plus en plus brutale et violente du taux de couverture extérieure de la monnaie et de l’arrêter, puis de l’inverser.

En effet, pour les périodes allant du :

- 31décembre 2011 au 31 décembre 2012, le taux de couverture extérieure du Franc CFA a chuté de 93,89% à 87,98%, soit une chute de 5,91 points;

 - 31 décembre 2012 au 31 décembre 2013, le taux de couverture extérieure du Franc CFA a chuté de 87,98% à 81,57%, soit une chute de 6,41 points;

- 31 décembre 2013 au 31 décembre 2014 le taux de couverture extérieure du Franc CFA a chuté de 81,57% à 73, 60%, soit une chute de 7,97 points;

- 31 décembre 2014 au 31 décembre 2015 le taux de couverture extérieure du Franc CFA a chuté de 73,60% à 55,59%, soit une chute de 18,01 points;

- 31 décembre 2015 au 31 Août 2016 le taux de couverture extérieure du Franc CFA a chuté de 55,59% à 36,99%, soit une chute en huit (8) mois seulement de 18,60 points;

Concernant maintenant les mesures que vous avez dû préconiser aux Chefs d’Etat et qui ont été prises pour «reconstituer les réserves de change», elles ne peuvent être qu’inefficaces, car «reconstituer les réserves de change» constate l’existence d’une crise monétaire qui appelle une solution urgente et appropriée que viendront seulement appuyer ces mesures qui ont été prises en Guinée Equatoriale, et bien d’autres encore. La solution pour reconstituer et consolider les réserves de change de la BEAC afin de nous éviter une autre dévaluation du Franc CFA

Cette solution se présente en trois niveaux, le premier niveau s’attaquant à la crise monétaire constatée par l’épuisement de nos réserves de change avec pour conséquence un risque majeur d’une autre dévaluation du franc CFA alors que les deux suivants concernent la crise macroéconomique dont souffrent également nos économies.

Pour le premier niveau, celui qui concerne la crise monétaire et des réserves de change, la seule et unique solution qui évite au peuple de mon pays et de l’ensemble des pays d’Afrique Zone Franc une autre dévaluation du franc CFA, solution que vous connaissez très bien d’ailleurs et quia du vous échapper certainement, mais que vous devez mettre en oeuvre dès maintenant et sans plus tarder dès lors que vous n’avez même pas besoin de troubler la quiétude de nos Chefs d’Etat pour obtenir leur accord à cet effet puisqu’il s’agit d’exécuter tout simplement une clause de la Convention de Coopération Monétaire signée à Brazzaville le 23 Novembre 1972 entre les Etats membres de la BEAC et la République Française et la Convention de Compte d’opérations ouvert auprès du Trésor Français qui y est adossée et que le Gouverneur de la BEAC lui-même a signé avec le Trésor français en tant que Président de la Banque, est d’appeler la France en garantie de la convertibilité illimitée du Franc CFA qu’elle apporte au Franc de la Coopération Financière en Afrique Centrale (franc CFA) en contrepartie de sa participation à la gestion et au contrôle de cette monnaie émise par la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (B.E.A.C.). En application de ces textes et puisque nos réserves de change sont épuisées, la Banque Centrale est autorisée par ces textes à prélever de façon illimitée sur son compte d’opérations qui devient alors débiteur les sommes en euro nécessaires pour la couverture des transferts ordonnés par les agences qu’elle possède sur le territoire des Etats où elle exerce l’émission. Cette action à elle seule sera, et pour plusieurs motifs scientifiques sur lesquels il n’est pas nécessaire que je m’étendre ici, suffisante pour régler la crise monétaire que vous avez constatée, celle de reconstituer les réserves de change : elle va casser et arrêter la chute du taux de couverture extérieure de la monnaie, puis le stabiliser.

Elle ne sera cependant pas suffisante pour faire redécoller effectivement la courbe du taux de couverture extérieure de la monnaie qui est un problème du domaine de la crise macroéconomique également constatée.

Aux deux autres niveaux qui concernent la crise macroéconomique, il s’agit non pas de faire intervenir dans cette guerre pour sauver notre monnaie seulement les sociétés multinationales exportatrices et les structures étatiques comme l’a décidé la Conférence des Chefs d’Etat de la CEMAC, mais également le peuple tout entier.

En effet, c’est en appelant la France en garantie de la convertibilité illimitée du Franc CFA que les mesures décidées par la Conférence des Chefs d’Etat tant à YAOUNDE le 23 décembre 2016 qu’en Guinée Equatoriale le 17 Février 2017, lesquelles en réalité ne sont appropriées que pour s’attaquer à la crise macroéconomique, vont avoir le temps de produire leurs effets.

Mais pour nous mettre définitivement au large tant contre la crise monétaire que contre la crise macroéconomique et alors que les Chefs d’Etat de la CEMAC n’ont davantage fondé leurs espoirs pour solutionner les deux crises que sur les sociétés multinationales exportatrices et les structures étatiques, le peuple tout entier doit être également appelé à contribuer à l’effort de guerre, car il s’agit bel et bien d’une guerre à mener et à gagner pour reconstituer les réserves de change d’un côté et, de l’autre, diversifier l’économie pour vaincre la crise macroéconomique.

En mobilisant le peuple à la cause que vous défendez, vous serez bien loin d’imaginer tout le bien que vous en obtiendrez, tel s’efforçant au cours de son voyage de revenir avec 20 ou 50 dollars, tel autre qui est resté sur place se décidant à consommer désormais ce qui est produit localement et non plus ce qui fait sortir des devises, etc.

En tout cas, pour faire image et afin que vous compreniez beaucoup plus facilement ce que je voudrais dire, je vous prie de bien vouloir considérer le fleuve Mfoundi qui traverse la ville de YAOUNDE où trônent vos Services Centraux, tout comme vous pouvez considérer le fleuve Wouri et peut-être même la Sanaga ou tout autre fleuve ou océan : il s’agit dans chacun de ces cas d’une association de simples et petites gouttes d’eau dont chacune, seule, est insensible au toucher et même invisible à l’oeil mais qui, associées, se font respectées et offrent des services des plus extraordinaires que de transporter de grands bateaux partout à travers le monde, produire de l’électricité pour le monde entier et que sais-je encore…

En tout état de cause, la présente lettre ouverte ouvre tout simplement la voie au dialogue que nous souhaitons engagé avec vous en vue de parvenir à une gestion efficace des risques bancaires et divers autres abus dont nous sommes victimes du fait de notre système bancaire et pour lesquels je reviendrai vers vous, dont notamment en ce qui concerne:

- Les faillites organisées des microfinances et des banques dites classiques pour appauvrir le bas peuple, dont celle de COFINEST qui a mis à nue les dérives scandaleux de la COBAC;

 - Le défaut d’une chambre de compensation pour les moyens de paiement émis par les microfinances alors-même que cet instrument de gestion et de contrôle efficace de ces structures est prévu par les textes règlementant cette activité;

- L’exclusion des plus pauvres qui forment plus de 80% de notre population du financement de leurs besoins sur ressources monétaires de la Banque Centrale pour le fait qu’ils sont exclus des banques dites classiques et ne sont que clients des Microfinances est un problème de discrimination sociale extrêmement grave qui mérite qu’il soit solutionné au plus vite en accueillant ces Microfinances au refinancement de la BEAC;

Dans l’intervalle et dans l’espoir que des actions salutaires et plus vigoureuses soient entreprises pour éloigner le spectre d’une autre dévaluation du Franc CFA, Je vous prie d’agréer, Monsieur le Gouverneur, l’expression de mes salutations hautement distinguées.

NUMKAM Pierre Ancien Cadre Supérieur de la BEAC Expert Financier agréé auprès de la Cour d’Appel du Littoral Auditeur Bancaire demeurant à DOUALA Douala, le 27 Mars 2017

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